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Mar, mai

Bénin / Libération du domaine public : Le drame social qui se joue sous des décombres

Politique
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Tel un ouragan, une pluie de bulldozers s’acharnent depuis peu, sur la mégapole économique du Bénin, Cotonou, et sept autres grandes villes dont la capitale, Porto-Novo. Si cette œuvre de salubrité publique reste globalement à saluer, elle n’en demeure pas moins un énorme gouffre social, pour un peuple, classé parmi les plus précaires d’Afrique. Les petits commerçants délogés et ruinés doivent faire face à un drame social sans aucune perspective d'accompagnement de l'Etat.

Tout le monde s’accorde sur le bien fondé de l’opération de déguerpissement, initiée par le gouvernement pour remettre de l’ordre dans un cadre de vie des plus anarchiques du continent. De Cotonou à Parakou, en passant par Porto-Novo, Abomey, Bohicon, Sèmè-Podji, etc, les populations pour la plupart saluent le courage du gouvernement, qui vient corriger les erreurs de ses prédécesseurs. Même les victimes ne nient pas le caractère salutaire de cette mesure, même si elles tirent d’énormes bénéfices du statu quo. Mais en dépit de tout ceci, c’est un énorme choc social qui couve sous les débris des hangars et autres boutiques qui jonchent les rues du Bénin depuis les lendemains du nouvel an.

Amélie, tenancière d’une cafeteria à Arconville, Abomey-Calavi, raconte en des termes saisissants, la psychose qu’elle vit depuis que les buldozers pleuvent sur Cotonou. « Ils ont dit qu’ils viendront nous déguerpir à tout moment », raconte-t-elle en langue fon, évasive. « Je me demande comment trouver un autre emplacement, mais surtout comment reprendre à zéro, après tant d’années et tant de clients avec qui je me suis familiarisée », se désole-t-elle.

Si Amélie peut encore jouir de sa boutique en attendant l’arrivée des grosses machines, Islamiath, vendeuse de divers au marché Dantokpa n’a pas la même chance. Toute en larmes, la jeune dame, qui croyait avoir bien fait en se déplaçant elle-même de quelques mêmes, a reçu la visite des bulldozers qui, non contents d’avoir détruit ses hangars, s’en sont pris à ses produits, mis en poussière. « je ne sais pas ce que deviendra maintenant ma vie », jure-t-elle, le visage larmoyant.

En fait, il est encore trop tôt de mesurer le coût social de l’opération en cours, tant son impact se répercutera sur des années. Déjà, le prix du carburant, un facteur économique majeur au Bénin, commence à renchérir, passant de 275 Fcfa, voire 250 Fcfa il y a quelques jours, à 400, voire 450. Conséquence, les prix de transport commencent par flamber, notamment au niveau des conducteurs de taxi moto dits zémijan.

Mais c’est surtout dans les ménages que se joue le grand drame, avec des centaines de milliers de femmes et autres petits commerçants dont le quotidien était conditionné par leurs installations de fortune aux abords des voies. Vendeuses d’ignames, de patates frites, de beignets, de pâtés, de divers, etc et autres produits de grande consommation qui essaimaient le pays du nord au sud, vont devoir se reconvertir. Inutile de souligner que nombre d’entre elles, comme Amélie, ont dû contracter des prêts pour s’installer, et doivent faire face aux échéances de remboursement.

Autres conséquences des déguerpissements, les petits coins de restauration qui permettaient aux petites bourses (artisans, étudiants, apprentis, etc) de se restaurer à moindres frais, sont désormais rayés de la carte des grandes villes, avec à la clé, une réduction drastique du niveau de vie.

Autant de situations qui prouvent à suffisance, que la pilule de cette salubrité brutale, restera longtemps amère dans la bouche des Béninois. Il est à souhaiter que des praticiens de la micro-économie, s’intéressent à la question, pour mieux édifier les uns et les autres.

Bruno O. OTEGBEYE 

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