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Dim, octobre

Bénin : Le RAVIP, une réforme de Talon au cœur de la polémique

Politique
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Le président Patrice Talon, a installé le vendredi 29 octobre dernier, la Commission de supervision du Recensement initial  Administratif à Vocation d’Identification de la Population ( RAVIP).  Réforme administrative ou politique, le Ravip nourrit la polémique et soulève moult commentaires. Entre  suspicion, méfiance et levée de boucliers,  l’initiative gouvernementale prend l’envol sous une pluie de critiques. Le RAVIP est-il une simple réforme de l’état civil ou cache-t-il  vraiment une visée électoraliste ? Eclairage.

Selon le gouvernement, initiateur de cette réforme, le Recensement initial Administratif à Vocation d’Identification de la Population ( RAVIP) est une réforme majeure de l’état civil dont l’objectif est de doter le Bénin d’un fichier national centralisé et informatisé de l’identité de l’ensemble de ses citoyens et ressortissants. Il figure en tant que tel comme un des points phares du Programme d’Actions du Gouvernement.  Consacré par la loi 2017-08 du 9 juin 2017 portant identification des personnes physiques en république du Bénin et ensuite adopté par un décret, le RAVIP  est entré dans sa phase active le vendredi 29 octobre avec l’installation de sa commission de supervision par le président Patrice Talon lui-même. Ses membres au nombre de 18 au total dont 09 députés et 09 ministres, sont donc renvoyés à leur mission.

Mais à peine installée, la Commission de supervision du Recensement initial à Vocation d’Identification de la Population ( RAVIP) essuie déjà des volées de bois vert. Une certaine opinion se pose déjà des questions aussi bien sur l’opportunité de cette réforme, sur son coût et sur l’opérateur en charge de le réaliser mais surtout sur ses objectifs dits inavoués.

La première réaction la plus virulente est venue de l’Assemblée nationale portée par la voix de la minorité des députés opposés à l’action gouvernementale. Si dans leur déclaration, le mot RAVIP ne transparaît que de façon sibylline à travers la dénonciation d’un prétendu complot contre le code électoral et une certaine menace de suppression de la Commission électorale nationale autonome ( CENA), les députés de l’opposition ont marqué clairement leur hostilité à toute entreprise visant à saper les acquis de la démocratie béninoise.

L’attaque la plus précise et la plus explicite contre le RAVIP est venue du Front pour le Sursaut Patriotique ( FSP) regroupant aussi bien des partis et mouvements politiques de l’opposition mais aussi des syndicats.

« … le peuple se voit confirmer le complot de trucage des prochaines élections avec un nouveau code électoral qui se peaufine en catimini. Et ce danger se confirme avec le fameux projet RAVIP confié à la Société Safran dont on connaît les tripatouillages ( en Côte d’Ivoire et récemment au Kénya)… », dégaine sans ménagement le porte-parole du FSP, Jean Kokou Zounon  connu par ailleurs comme  un communiste bon chic bon genre.

A ces levées de boucliers, il faut ajouter l’alerte venant de l’ancien Garde des Sceaux, Grégoire Akofodji. «  Nous n’avons pas  collectivement tous conscience de ce qui se trame pour 2019, 2020, et 2021. Ils avancent camouflés pour prendre en otage le pays par des hold-up électoraux. SAFRAN est l’opérateur technologique pour la mise en œuvre du RAVIP. Regardez la composition du comité de supervision du RAVIP pour vous convaincre de ce qui se trame. Il est urgent que le FSP se réunisse pour définir des stratégies de lutte contre l’imposture », lance,  tel un cri de ralliement au drapeau, cet ancien ministre du Président Boni YAYI .

La carte de l’apaisement

Si le gouvernement n’est pas encore monté directement au créneau face aux attaques essuyées par le RAVIP, le Bloc de la Majorité parlementaire  fait le boulot du mieux qu’il peut à sa place. C’est l’une de ses plus illustres voix en la personne de l’honorable Nassirou Bako-Arifari qui a donné de la voix le mardi 03 octobre  sur une chaîne de télévision de la place, en tentant de voler au secours de l’Exécutif.

Pour l’ancien superviseur de la CPS-LEPI et actuel Vice président de la structure querellée,  « le RAVIP, est similaire au recensement général de la population, opération conduite habituellement par l’Institut national de la Statistique et de l’Analyse économique ( Insae) » avant d’ajouter que cette opération n’a pour l’instant aucun caractère électoral et sera conduite sur la base du Ravec ( Recensement administratif à vocation état civil), et des autres opérations qui serviront, à l’en croire, de bases de données complémentaires au RAVIP. En dépit de la carte d’apaisement qu’il joue, l’ancien chef de la diplomatie a-t-il convaincu réellement les Béninois sceptiques sur les dessous du RAVIP ? La question reste entière.

Car,  faudrait le souligner, une large opinion nationale continue de voir à travers la réforme du RAVIP une opération à visée électoraliste dont l’objectif est de préparer le hold-up électoral pour le président Talon lors des prochaines consultations électorales. Ces Béninois soupçonneux, mettent notamment en cause la réputation dite sulfureuse de l’opérateur technologique SAFRAN désigné pour réaliser cette opération.

Mieux les opposants au RAVIP soutiennent par ailleurs que le Bénin a bien d’acquis et de structures compétentes comme l’INSAE, le COS-LEPI et le RAVEC qui constituent d’importantes bases de données pour se passer de cette réforme qu’ils voient comme étant de trop.

La polémique quant à elle  sur le sujet fait toujours rage et le gouvernement n’est pas prêt non plus à reculer sur son projet qui, de son avis, ne vise qu’à doter le Bénin d’un fichier national centralisé et informatisé de l’identité de l’ensemble de ses citoyens et ressortissants. Toutes choses que l’opposition et des milliers de Béninois refusent de gober.

Thomas d'Aquin SOTON

 

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