22
Dim, octobre

Bénin : Candide Azannaï, de YAYI à TALON, un destin de baroudeur

Politique
Typographie

Le président du parti Restaurer l’Espoir, Candide Azannaï, est un acteur majeur de la vie politique nationale. S’il est crédité d’un bon flair  en terme de casting gagnant des candidats à l’élection présidentielle, Candide Azannaï ne sait pas par contre assumer ses choix jusqu’au bout. De Yayi à Talon, Azannaï passe du plus farouche soutien à l’opposant le plus exécrable. Plein feu sur un homme politique ambivalent aux retournements les plus spectaculaires.

Six mois après sa démission fracassante de ses fonctions de ministre délégué à la Défense nationale dans le premier gouvernement du Président Patrice Talon, Candide Azannaï  annonce  officiellement son opposition politique à l’action de celui qu’il a porté au pouvoir dans une débauche d’énergie inédite. Courage politique pour les uns, un non événement pour les autres, l’acte posé par le président du parti Restaurer l’Espoir reste diversement apprécié par les Béninois.

Bis repetita, c’est la seconde fois depuis son  exclusion du parti la Renaissance du Bénin ( RB) que Candide Azannaï se retrouve en embuscade avec un Chef d’Etat qu’il a porté au pouvoir.

En 2006, bon flair , bon casting, Candide Azannaï nouvellement débarqué de la RB, fut en première ligne des acteurs politiques ayant jeté leur dévolu sur Boni YAYI pour le porter au palais de la Marina.

Nommé ministre  dans le gouvernement du président Boni YAYI après  son échec aux législatives de 2007 sur une liste indépendante, Candide Azannaï sera élu député en 2011  sur la liste de la majorité présidentielle. Il retrouve donc  de nouveau  l’Assemblée nationale, son terrain de prédilection où il siégeait depuis les législatives de 1995.

C’est au Parlement que contre toute attente, il va se révéler comme l’un des plus farouches opposants à Boni YAYI et à son régime. Sa nouvelle coqueluche était le président Patrice Talon entré en  mésintelligence entre temps avec Boni YAYI qui l’accuse d’avoir tenté de l’empoisonner.

Et comme en 2006 derrière Boni YAYI, Candide Azannaï se retrouve comme un des acteurs-clé de l’avènement au pouvoir du président Patrice Talon qui remportera l’élection présidentielle de mars 2016. Sans surprise, Azannaï  qui faisait partie du premier cercle autour du président nouvellement élu, fait son entrée dans le premier gouvernement de son mentor, au poste de Ministre Délégué à la Défense nationale. L’idylle entre lui et Talon ne durera que douze mois. Le 07 avril 2017, Candide Azannaï annonce sa démission et contient à peine ses ressentiments.

Que s’est-il donc passé en si peu de temps pour que celui que les Béninois appellent « l’enfant terrible de Jonquet » décide de se séparer avec le président Patrice Talon qu’il avait présenté un an plus tôt comme le messie pour le Bénin ?

Jusqu’à ce jour, Candide Azannaï, n’a pas encore livré tous les dessous de cette démission pour le moins spectaculaire. Seule annonce à retenir depuis le 07 octobre dernier, le parti de Candide Azannaï animera une opposition pure et nette contre Patrice Talon pour le reste de son quinquennat.

Azannaï joue gros

Candide Azannaï serait-il plus doué dans le rôle de faiseur de roi que dans celui de la gestion du pouvoir une fois conquis aux côtés de ses émules de l’heure ? Cette question, nombre de Béninois se la posent et à juste titre. Politicien futé, le président Candide Azannaï est assez avisé pour croire que la politique est un champ de vertus et que mieux la fin ne justifie pas les moyens.

Hier avec YAYI qu’il lâchera quand celui-ci avait le plus besoin de lui, Candide Azannaï tel un signe indien dont il a du mal à se défaire, fera subir la même fortune à Patrice Talon dont il saute de la barque en pleine tempête.

Du coup, les actes successifs du président du parti Restaurer l’Espoir posent pour certains Béninois un problème de cohérence  et de couardise pour assumer ses choix politiques quels qu’en soient les aléas par la suite. Les Béninois qui lui font ce genre de procès disent ne pas être dupes que sous le fallacieux prétexte de défense des intérêts de ses mandants, Candide Azannaï ne roule en réalité que pour ses propres intérêts lorsque ceux-ci sont compromis ou que par dépit de n’être pas bien servi à la hauteur de ses attentes, il crée le buzz en prenant le peuple comme parapluie. Mais Patrice Talon n’est pas Boni YAYI et les rapports de force aujourd’hui pour Candide Azannaï ne sont pas les mêmes qu’en 2015 quand il combattait YAYI.

En vérité, le premier challenge qui se dresse sur le chemin du président du parti Restaurer l'Espoir, c’est de gagner les élections législatives de 2019 pour espérer retrouver de nouveau son siège au Parlement. En renvoyant le député Patrice Nobimè de son parti lors de son dernier conseil national à Abomey, Candide Azannaï se débarrasse d’un allié politique stratégique dans la 16ème circonscription électorale. Car en refusant de suivre la ligne de Restaurer l’Espoir qui entre officiellement en opposition au régime au pouvoir, Patrice Nobimè confirme son allégeance au président Talon. Si le président Candide Azannaï passe victorieusement l’épreuve des législatives de 2019, il marquera un gros point politique. Mais dans le cas contraire, il devra s’attendre à entamer son requiem politique car ses adversaires actuels ne lui feront pas de cadeau non plus. Pour le moment Candide Azannaï sait que sans mandat de député qui lui accorderait l’immunité, il devra surveiller sa bouche et potasser son discours de peur de s’attirer la foudre du régime en place. Qu’il se le tienne pour dit : TALON n’est pas YAYI.

 

 Bernadin MONGADJI

Annonce

Nous suivre

Inscrivez-vous gratuitement à notre liste de diffusion et soyez notifié dès qu'une nouvelle information arrive.