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Dim, octobre

Diplomatie de voisinage : Deux ans après son arrivée au pouvoir, Patrice Talon se réveille

Politique
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Au lendemain d’un séjour en France qui ne lui aura pas permis de rencontrer son homologue français, Emmanuel Macron, le président de la république du Bénin, Patrice Talon, s’est lancé dans une offensive diplomatique  dans quelques capitales de la sous-région à la rencontre de ses homologues. Les 09, 10 et 11 octobre,  le locataire du palais de la marina s’est rendu successivement à Ouagadougou, à Abidjan à Accra puis à Lomé. Un réveil diplomatique du président béninois près de deux  ans après son avènement  au pouvoir qui ne laisse indifférents ni ses pairs et hôtes  du moment ni ses compatriotes.

Alors que ses compatriotes l’attendaient  au pays le 09 octobre, au terme de son séjour en France, le président Patrice Talon a créé la surprise en engageant une offensive diplomatique dans la sous-région.  Ouagadougou, Abidjan, Accra et Lomé ont donc reçu successivement les 09, 10 et 11 octobre 2017, le président béninois. Si l’étape d’Abidjan et de Lomé  avec Alassane Ouattara et Faure Gnassingbé n’est pas un baptême de feu pour Patrice Talon, celles de Ouagadougou et d’Accra respectivement avec Rock Christian Kaboré et  Nana Akufo Ado lui ont permis de présenter ses civilités à ses deux homologues-là pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir.

Faudrait-il le rappeler, le 06 avril 2016, le nouveau président de la république du Bénin n’avait pas jugé utile d'inviter ses pairs africains pour être témoins à ses côtés à la cérémonie de son investiture. «  C’est-là qu’est parti le premier faux pas diplomatique  de Patrice Talon », commente  sous anonymat un professeur de Relations internationales à l’université d’Abomey-calavi. « Mais le second faux pas, c’est d’avoir attendu plusieurs mois avant de se rendre au Nigeria, le géant voisin de l’est du Bénin dont est tributaire l’économie nationale. Les autres erreurs s’enchevêtront naturellement », analyse  cet universitaire, spécialiste des Relations internationales. 

Pourquoi lui a-t-il donc fallu attendre  près de deux ans après son avènement au pouvoir avant d’aller faire les civilités d’usage à certains de ses pairs et voisins de la sous-région ? Les Béninois n’auront peut-être pas la bonne réponse à cette interrogation.  Ce qu’ils savent par contre, c’est que depuis ce 09 octobre 2017, le président de la république a fini par briser la glace, en se rendant enfin chez certains de ses voisins et homologues qu’il n’avait rencontrés jusque-là que lors des rares sommets sous-régionaux auxquels il avait  pris part. Il faut donc s'attendre dans les prochains  jours, semaines et mois que ces Chefs d'Etat à qu'il a rendu visite l'honorent à leur tour , au nom du principe de la réciprocité en diplomatie.

C’est un secret de polichinelle que depuis son arrivée au pouvoir le 06 avril 2016, Patrice Talon cultive une diplomatie isolationnaliste qui a fini par faire de lui ( bien que son pays soit stable et un modèle de démocratie), le chef d’Etat africain le plus invisible sur la scène continentale. On ne lui connait à ce jour la moindre participation à un sommet de l’Union africaine tout comme ça peut  se compter du bout des doigts les rares réunions de la Cédeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest)   ou encore les rencontres des Chefs d’Etat de l’Uemoa ( Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest) auxquelles il a eu à prendre part.

Cafouillage diplomatique

Une certaine opinion nationale continue de lier à tort ou à raison l’offensive diplomatique subite du président Patrice Talon au revers de son dernier séjour du 02 au 09 octobre 2017 à Paris en France. Annoncé urbi et orbi par les services du ministère béninois des Affaires étrangères que le Chef de l’Etat Patrice Talon sera reçu par son homologue français Emmanuel Macron au cours de ce séjour, à l'arrivée,  rien n’y fit. La forte délégation béninoise conduite par le président de la république s’est contentée d’une rencontre avec la diaspora à Paris et de quelques entretiens privés pour meubler son agenda parisien.

Ni la rencontre avec le Medef (Mouvement des Entreprises de France)  ni l’audience  annoncées  à l’Elysée, n’ont pu se tenir. Un véritable camouflet diplomatique qui sous d’autres cieux aurait coûté au ministre des Affaires étrangères du Bénin, son portefeuille. Outre les ratés liés à la préparation en amont de ce séjour officiel en France, fruit d’un réel amateurisme, il faut noter que les cafouillages diplomatiques s’enchaînent depuis que le Chef de l’Etat a confié les rênes de cet important département à Aurélien Agbenonci, un haut fonctionnaire débauché du Système des Nations unies pour le Développement. C’est vrai que la diplomatie d’un pays requiert plus d’entregent  et de technicité qu’il n’en faut pour gérer les dossiers d’un organisme fut-il onusien.

A près de deux ans de son mandat en cours, le moment est venu pour le président Patrice Talon de ripoliner son image sur la scène africaine et internationale en réorganisant les services et les personnes qui gèrent à ce jour sa politique extérieure.  Car aucun pays ne peut vivre en autarcie de nos jours et espérer se développer dans un contexte de mondialisation où chaque nation se bat pour son rayonnement international.

Le cap de l'offensive diplomatique qui inaugure enfin une approche de proximité dans sa politique extérieure, devra être maintenu par le président Talon afin de redorer au Bénin son blason dans la sous-région et booster la coopération sud-sud. Après le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et le Ghana, Patrice Talon ne devrait pas s'arrêter en si bon chemin. Il reste les étapes du Niger, du Mali, du Tchad mais surtout du Nigeria où il lui faut aller très souvent. Certains de ces pays utilisent le port de Cotonou et contribuent substantiellement au développement économique du Bénin. Comme le dit la boutade, " il n'est jamais trop tard pour bien faire".

Bernadin MONGADJI

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