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Mar, mai

Taxation en vue de l'essence de contrebande : Un véritable saut dans l'inconnue pour le régime Talon

Bénin
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Le gouvernement de la rupture n'en finit pas de bousculer les mœurs. Cette fois-ci, c'est dans la poudrière de l'essence de contrebande que Patrice Talon débarque son paquet de réformes, avec une taxe annoncée sur le précieux liquide. Mesure de salubrité socio-économique ou couteau à double tranchant? Seule certitude, cet antidote miracle du gouvernement contre le "kpayo" aura fort à faire dans l'univers sulfureux de ce commerce illicite à la peau dure. 

Enfin la potion magique contre le mal incurable du kpayo! Est-on tenté de dire. Décidément, le gouvernement de la rupture veut nettoyer toutes les écuries d'Augias qui écument les différentes sphères de la vie publique. En une semaine, Patrice Talon fait montre d'une audace à toute épreuve. Impassible à l'ébullition en cours dans le pays après la désignation des six nouveaux chefs lieux de département, le compétiteur né, insatiable, enfile à nouveau sa toge réformiste, tape sans coup férir dans la poudrière incandescente de l'essence de contrebande dite "Kpayo", prenant de court un peuple las des sempiternels atermoiements de l'Etat sur le sujet.

Tirant sans doute leçon de l'échec des multiples mesures de répression sous les régimes précédents, Patrice Talon sort une recette longtemps mise au frigo par Boni Yayi pour des raisons que lui seul connaît. L'on se rappelle en effet, vers la fin du premier mandat du prince de Tchaourou, Pascal Irenée Koupaki, alors numéro 2 du régime, avait émis l'idée d'une taxation de l'essence de contrebande, voire de l'ensemble du secteur informel béninois. Difficile de savoir pourquoi le gouvernement défunt avait mis le coude sur cette mesure à laquelle les acteurs mêmes de ce commerce illicite avaient pourtant commencé à marquer leur accord. Ce qui est sûr, Patrice Talon, opérateur économique averti, n'a pas cherché loin, pour signer la touche de la rupture à la lutte contre le "kpayo", devenu un véritable serpent de mer au fil des régimes. Beaucoup voient d'ailleurs dans cette mesure, la main de Pascal Irenée Koupaki, qui, semble aujourd'hui mieux qu'hier, avoir les coudées franches pour faire prospérer ses idées. Pour l'instant, le peuple, qui en a vu bien d'autres, attend impatiemment la mise en œuvre de cette mesure.

Un couteau à double tranchant!

Mettre de l'ordre dans le secteur pétrolier béninois aujourd'hui est ni plus, ni moins, une œuvre de salubrité publique. Tant le visage hideux qu'offrent les étalages du "kpayo" aux abords de nos rues est une honte nationale de plus en plus insoutenable. Point n'est besoin de rappeler les dégâts humains et matériels qu'occasionne ce commerce et la mort silencieuse à laquelle elle expose, aussi bien les acteurs que de simples citoyens. En décidant de taxer l'essence de contrebande, le régime Talon veut faire d'une pierre, deux coups: provoquer le renchérissement du prix de ce produit et par ricochet, décourager les amateurs du "kpayo", mais aussi renflouer les caisses de la trésorerie publique qui en a grand besoin par ces temps de vache maigre. Mais cette noble ambition devra faire face à plusieurs pesanteurs et résoudre plusieurs équations complexes. 

D'abord, en légitimant le kpayo, c'est toute la masse de Béninois longtemps dissuadée par l'épée de Damoclès que représentait la répression qui poussera un ouf de soulagement. Et Dieu sait s'ils sont nombreux. Mieux, les opérateurs clandestins, tapis dans les couloirs de l'administration des douanes notamment et disposant de fortunes colossales, se voient désormais affranchis de toutes contraintes réglementaires et pourront agir à visage découvert. L'on pourrait donc assister a contrario à un boom de l'essence de contrebande, avec son lot de dégâts incommensurables sur des victimes innocentes. Ce qui aurait pour conséquence directe de signer en douceur l'arrêt de mort d'un secteur formel agonisant depuis des décennies.

Le gouvernement de la rupture a donc tout intérêt à affiner ses réflexions sur ce dossier. Toute précipitation sera suicidaire, au vu de la complexité de la gangrène. D'abord, il faudra inventorier l'effectif des différents acteurs, mobiliser des agents du trésor pour la collecte des taxes, faire face à l'indiscipline fiscale, etc. Ce ne sera point une sinécure, dans un pays où tous les jours, des milliers de points de vente du "kpayo" poussent comme des champions. Patrice Talon réussira-t-il cet énième challenge? Wait and see.

Bruno Ola OTEGBEYE

 

 

 

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