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Dim, octobre

Bénin : La faillite des partis politiques

Chronique politique
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Vingt-cinq ans après la mise en route du processus démocratique, le Bénin reste une expérience atypique en Afrique francophone. Les partis politiques animant l’espace public national ne sont jamais parvenus à conquérir et à exercer le pouvoir suprême. Le scrutin présidentiel de 2016 a davantage consacré leur faillite. Retour sur le paradoxe d’un pays considéré comme le berceau de la démocratie en Afrique.

Faut-il fermer les partis politiques au Bénin et jeter la clé à la mer ? Cette interrogation aussi tranchée qu’elle puisse paraître, se justifie par la défaite cuisante et le spectacle désolant de l’expérience du système partisan au plan national, 25 ans après l’avènement du  multipartisme intégral dans ce pays, berceau de la démocratie en Afrique. Car c’est du Bénin qu’est parti le vent  de la démocratie et de l’Etat de droit ayant soufflé sur le continent africain au début des années 90. La constitution du 11 décembre 1990 consacre  le pluralisme politique, la liberté d’opinion et de presse. Les Béninois arrachés à 17 ans de monolithisme politique et de  pensée unique (1972-1989), profitent  abusivement de ce nouvel environnement institutionnel. Conséquence, aujourd’hui,  plus de deux cent (200) partis  ou mouvements politiques se sont fait enregistrer au ministère de l’intérieur. Même si une bonne partie frappée par la conjoncture ambiante et l’effet du temps  n’existe plus  que de noms, c’est une réalité qu’ils comptent dans les statistiques. Leur pléthore n’est pas le vrai  problème quand bien même cet état de choses renvoie une très mauvaise image du pays à l’étranger.  Dans leur déclaration de politique générale à leur création, les  partis ou regroupements politiques font de la conquête et de l’exercice du pouvoir la finalité de leur   action et le point culminant de leur existence. Vingt-cinq ans après la mise en œuvre du processus démocratique, le constat est là  alarmant : aucun parti politique au Bénin même parmi  les plus représentatifs, n’a encore réussi à faire élire un de ses leaders à la magistrature suprême. La situation elle-même n’a rien de cocasse bien que la forclusion des leaders ou fondateurs  des formations politiques les plus importantes comme le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me, le Parti social-démocrate( Psd) de Bruno Amoussou, la Renaissance du Bénin ( Rb) de Nicephore Soglo,  ne reste pas moins, aujourd’hui, un sujet de grande préoccupation nationale. Autrement dit, l’échec cuisant des partis politiques  conforte la thèse de l’incapacité de la classe politique traditionnelle  à faire émerger en son sein un leader  capable de conquérir et de gérer le pouvoir d’Etat au Bénin. Cela traduit bien un malaise dans le fonctionnement du système partisan béninois.

La faillite en question des partis politiques

Le système partisan national a montré ses tares et limites, vingt-cinq ans après l’expérience démocratique. En vérité, depuis les premières élections démocratiques en 1991,  et jusqu’à ce jour, aucun leader ou militant actif d’un parti  politique n’est encore parvenu à gagner le scrutin présidentiel pour exercer la fonction de président de la république. A défaut d’accéder au fauteuil du palais de la marina, ces leaders politiques se contentent la plupart du temps  du perchoir du palais des gouverneurs à Porto-Novo comme lot de consolation. C’est le cas de Me Adrien Houngbedji et de Bruno Amoussou dans une certaine mesure.

En 1991, Nicéphore Soglo avait été porté à la magistrature suprême en tant que candidat indépendant. Il n’a pas réussi à se faire réélire lorsqu’il s’est porté candidat en 1996 sous la bannière du parti, la Renaissance du Bénin ( RB) créé par son épouse, Rosine Soglo au milieu du mandat présidentiel de son époux ( 1991-1996). Les électeurs avaient préféré en 1996 le candidat indépendant Mathieu Kérékou, soutenu à l’époque par une coalition de forces politiques. Bis repetita en 2001. En 2006, le candidat indépendant et apolitique  Boni Yayi porté par une coalition de partis, mouvements et associations politiques a ravi la vedette à ses challengers chefs de partis Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Léhady Soglo et Kolawolé Idji. A proprement parler, en 2011, Boni YAYI doit plus sa réélection à son bilan économique qu’à la puissance électorale de la coalition, Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) créée par ses partisans  en 2007 pour soutenir son action politique.

L’élection présidentielle du 28 février 2016 a davantage consacré la faillite des partis politiques, posant comme problème fondamental la nécessité d’un audit du système partisan national. Grand aveu d’échec et preuve de leur état de déliquescence avancé, aucune des grandes formations politiques traditionnelles animant la vie politique nationale depuis au moins 23 ans  comme le PRD, le PSD et la RB, n’a présenté de candidat provenant de ses propres entrailles. Chacun de ces grands partis a préféré l’option d’un soutien à une candidature à l’externe. La situation ressemble à la triste condition d’un chef d’entreprise qui,  voyant la banqueroute se profiler à l’horizon, choisit de liquider son patrimoine au plus offrant. Le spectacle qu’offrent aujourd’hui le PRD, le PSD, la RB et le MADEP pour ne citer que les plus représentatifs des partis politiques béninois, n’est pas loin de cette image caustique. Le scrutin présidentiel de 2016 plutôt que de marquer la rupture, est révélateur de la décadence du système politique national. D’où la question de savoir à quoi servent réellement les partis politiques : une chose est sûre, ils ne servent pas à conquérir par eux-mêmes le pouvoir suprême. A tout le moins, ils servent de strapontin pour les personnalités apolitiques indépendantes qui les louent pour gagner les élections présidentielles. Tant que le système partisan traînera son état de mal-être actuel marqué par un profond dysfonctionnement, l’électeur béninois aura toujours la tentation de faire recours à un oiseau rare  ou à un messie pour présider aux destinées de son pays. Les grandes manœuvres observées actuellement dans le cadre de la présidentielle de 2016 ne préfigurent nullement de l’avènement  d’un chef de parti à la magistrature suprême. Une analyse minutieuse de la situation actuelle montre que  la classe politique nationale travaille elle-même contre l’émergence d’un leader en son sein pour diriger le Bénin au plus haut niveau. Pas d’illusion possible : l’élection présidentielle du 28 février 2016 ne sera pas l’exception.

Bernadin MONGADJI

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