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Dim, octobre

L’Afrique, la démocratie et l’alternance….

Chronique internationale
Typographie

Vingt-quatre ans après le vent du renouveau démocratique qui avait soufflé  globalement sur l’Afrique au début des années 1990, le continent noir se cherche encore sur les chemins tortueux de la démocratie et de l’Etat de droit.

A la culture autocratique, au monolithisme et au dirigisme politiques ayant prévalu au cours des trois premières décennies après les indépendances, a succédé  partout en Afrique  et à quelque exception près, une ère de multipartisme, de pluralisme politique et de  liberté d’expression dont la vivacité et la réalité  dépendent des pays mais surtout des dirigeants. Même s’il a lieu de nuancer en parlant de démocratie tropicale, il est évident que  l’Afrique des années 90 n’a pas échappé aux profonds bouleversements et aux mutations  spectaculaires qui ont frappé le monde avec la chute du mur de Berlin le 09 novembre 1989 et l’effondrement quelques mois plus tard de l’ex URSS, deux événements cruciaux ayant eu pour corollaire  la recomposition de la gouvernance politique mondiale. L’Afrique s’est donc vu projeter, à son corps défendant, et sous l’exigence des bailleurs de fonds et des institutions de Bretton Woods, sur les sentiers abrupts de la démocratie et de l’Etat de droit.  Etait-elle préparée à cette transmutation ou à ce que d’aucuns appelleraient à ce saut dans l’inconnu ?  Je crois bien que non. Et un proverbe africain dit à propos que « l’abeille mise de force dans une ruche ne produira jamais de miel ».

L’histoire récente du continent africain nous renseigne suffisamment sur cette question. Si, quelques pays comme le Bénin d’où était parti le déclic, s’en étaient tirés à bon compte, le début des années 90 reste une période noire pour nombre de pays africains où le virage à la démocratie avait rimé avec guerre civile et bain de sang. C’est le cas du Togo de Gnassingbe Eyadema, du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) de Mobutu Sesse Seko, du Nigeria de Sanny Abacha pour ne citer que ces quelques exemples parmi les plus célèbres. En vérité, les Africains ont donné raison à Jacques Chirac, ancien Président français qui ne pensait pas si bien dire en lâchant non sans humour que «  la démocratie est un luxe pour les Africains ». Aujourd’hui encore, les dirigeants africains ayant survécu à la période du parti unique (même s’il ne reste de nos jours qu’un résidu de cette espèce en voie de disparition), n’ont fait que troquer leurs costumes usés de dictateurs endurcis à ceux de démocrates mal à leur aise. L’Afrique nouvelle que nous appelons de nos vœux, ne peut  donc se construire qu’avec une génération qui sache se démarquer du lourd passif qui pèse sur l’héritage post-indépendance et de  tous ceux qui ont pris une part active à ce bilan accablant.  

La démocratie sans alternance  est une forme maquillée du monarchisme et cette importante exigence, est aujourd’hui revendiquée partout en Afrique dans un contexte marqué par les tripatouillages des constitutions, expression ultime d’une prostitution démocratique signée par une génération de dirigeants africains avides du pouvoir et prévaricateurs de leurs peuples. Mais les temps ont changé et le monde s’est globalisé et est devenu un village planétaire grâce à la révolution technologique qui a gagné même les pays du tiers monde.  Le réveil de la jeunesse africaine du XXIè siècle, traduit par le printemps arabe, a permis de faire tomber les dictatures les plus redoutables et les plus implacables de l’Afrique du Nord dont la plus tragique et la plus macabre des chutes fut celle du Guide Libyen, le colonel Mouammar El Kaddhaffi, en 2011. 

Les événements récents survenus au Burkina Faso avec la démission le 31 octobre 2014, sous la pression de la rue, du Président Blaise Compaoré au pouvoir depuis 1987, ont fini de convaincre qu’un nouveau vent souffle sur l’Afrique noire. Finie, l’époque de la résignation pour les peuples africains ! Il va s’en dire que  le refus de l’alternance peut induire, de nos jours, les révolutions de trône les plus spectaculaires. Les réalités d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles des années 90. Face à une paupérisation exponentielle et à un accroissement du chômage des jeunes et du sous-emploi des femmes, une nouvelle conscience s’éveille et une bombe prête à exploser se met en place. Les dirigeants de l’Afrique contemporaine doivent comprendre vite les aspirations profondes au changement de leurs peuples et toute mauvaise lecture ou indifférence, peut provoquer les révolutions les plus inattendues. Une nouvelle Afrique prend forme.

 

Bernadin MONGADJI

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