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Sam, novembre

Yahya Jammeh, l’option suicidaire d’un timonier

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Une semaine après la volte-face spectaculaire de l’homme fort de Banjul, sorti contre toute attente du bois, alors que l’espoir d’une nouvelle  Gambie prenait corps, Yahya Jammeh semble retrouver toutes ses facultés de vil dictateur prêt à tout pour s’accrocher au pouvoir.

Celui-là même qui a effleuré l’héroïsme le 02 décembre en reconnaissant solennellement sa défaite à la Présidentielle de la veille, avant même l’annonce officielle des résultats, s’est rétracté depuis ce 09 décembre  en ravalant tel un chien, ses propres vomissures. C’est vrai, seul un timonier de l’acabit de Jammeh est capable de  telles entourloupettes.

Dans sa volte-face suicidaire ou son revirement à 180°, l’homme fort de Banjul a oublié que le monde change et que les passages en force d’hier sous les tropiques peuvent virer aujourd’hui à un pire suicide. Un proverbe africain rapporte à propos que « lorsque le chien veut se perdre en pleine forêt, il devient sourd aux coups de sifflet interpellatifs  du chasseur ».

En éconduisant ce 13 décembre  la forte délégation des chefs d’Etat de la Cedeao ( Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) dépêchée à Banjul pour lui faire entendre raison, Yahya Jammeh a fait un pas décisif vers l’escalade. Le tyran gambien arrivé au pouvoir en 1994  par un putsch, a décidé de défier l’Afrique et la communauté internationale.

La délégation de la cédeao composée exclusivement de chefs d’Etat de pays anglophones  comme lui  pour éviter tout risque d’altération du fait de l’ interprétation du message porté par les prestigieux hérauts africains, a été quasiment humiliée par l’imprévisible hôte.

 Signes évidents de son impertinence, c’est pendant que les illustres médiateurs africains étaient  dans sa salle d’audience que Yahya Jammeh envoie sa « Gestapo » assiéger la commission électorale après avoir chassé son président tel un malpropre. Son parti APRC   se réveille tardivement pour contester  l’élection d’Adama Barrow après avoir  saisi la Cour suprême.

 Face à la menace d’un recours à la force  militaire africaine  en cas d’échec de la voie diplomatique, la réplique du  timonier est sans appel. «  La terre  gambienne  sera le tombeau de tous ceux qui tenteraient de nous combattre », lance t-il fort menaçant.

 Ellen John Sirleaf, présidente du Libéria, et chef de la délégation, John Dramani Mahama du Ghana , Muhammadu Buhari du Nigeria et  Ernest Bai Koroma de la Sierra leone  sont repartis ce 14 décembre de la capitale gambienne hantés par le visage hideux  d’un  Yahya Jammeh semblable à un homme ayant perdu la tête.

L’ultimatum de l’ONU par la voix de son représentant en Afrique de l’ouest, Mohamed Ibn  Chambas , sommant  Yahya de passer  le  pouvoir au président élu Adama Barrow, au plus tard le 19 janvier 2017,  n’a pas non plus fait frémir le tyran endurci. L’enfant prodigue de Kanilai, son village natal, semble faire l’option d’un passage par la force.  Tenaillé par la peur morbide de finir ses  vieux jours  dans des prisons dorées de la Cour pénale internationale pour y répondre des crimes et autres exactions  ayant émaillé ses 22 ans au pouvoir, il croit trouver le salut en se barricadant aidé dans son vil dessein  par la hiérarchie militaire et policière persuadée  qu’elle pourrait périr avec Jammeh dans un cas ou dans l’autre. Mais autres temps, autres mœurs.

L’option d’un coup de force dans laquelle glisse doucement Yahya Jammeh peut se révéler suicidaire et périlleuse pour le « léopard de Kanilai ».  L’exemple  malheureux de Laurent Gbagbo en 2010 en Côte d’Ivoire qui a refusé de rendre le pouvoir au vainqueur Allassane Dramane Ouattara reconnu par la communauté internationale, vaut aujourd’hui à l’ancien président ivoirien son séjour à la prison de la Haye aux Pays Bas.  Les Forces militaires françaises  Licorne basées à Abidjan ont fini par  déloger Laurent Gbagbo de son Bunker. Yahya Jammeh connaît la suite de ce mélodrame qui ressemble fort bien au cas actuel de son pays. Plus loin en janvier 2012, la coalition internationale sous mandat onusien réussit à capturer un Mouammar Kadhaffi néanmoins redoutable par son armée et sa garde rapprochée. Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhaffi ont payé cash d’avoir défié la communauté internationale.

Ces faits  sus évoqués qui se sont soldés dans le bain de sang avec l’assassinat de Kadhaffi  et la capture de Gbagbo et de sa famille en avril 2011,  sont éloquents pour inspirer positivement le président sortant gambien et lui faire reprendre raison.

Dans sa folie actuelle et sa boulimie du pouvoir,  Yahya Jammeh, aveuglé, ne prend pas encore la pleine mesure des risques qu’il encourt  en bravant et en  défiant  la communauté internationale. A-t-il les moyens de son option belliqueuse ? Peut-il épargner à son peuple un bain de sang inutile après l’avoir martyrisé, 22 ans durant ?

La Gambie est l’otage de Yahya Jammeh et cette fois-ci, à moins que le dictateur recouvre sa lucidité pour se plier à l’ultimatum des Nations unies, cette guerre qu’il prépare risque de lui réserver une fin cruelle.

Bernadin MONGADJI

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