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Sam, novembre

Gambie / Yahya Jammeh : Ni héros ni perdant !

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Fin de règne pour l’un des derniers mohicans des dictatures les plus implacables en Afrique  de l’ouest.

Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkus Jammeh, de son nom au complet à l’état civil,  a quitté  brutalement  Banjul, ce samedi 21 janvier, après  22 ans  d’un pouvoir sans partage à la tête de la Gambie, ce petit pays incrusté dans le Sénégal. C’est en réalité l’épilogue  heureux d’un feuilleton dans lequel le despote gambien pris en chasse depuis 6 semaines par les valeureux  médiateurs des chefs d’Etat ouest-africains, avait tenté tout pour s’accrocher au pouvoir après sa débâcle électorale.

La capitulation in extremis de celui qui se fait appeler le Babili Mansa à cause des pouvoirs mirifiques dont il se prévaut,  n’est intervenue  qu’après que les médiateurs ouest-africains sous mandat de la Cedeao, de l’Union africaine et des Nations unies lui ont  concédé, les grandes garanties pour assurer ses arrières et passer le reste de ses jours  loin de toutes tourmentes judiciaires. Une amnistie qui ne dit pas son nom pour le tyran.

Lorsqu’on examine le communiqué conjoint rendu public par la Cédeao, l’Union africaine et les Nations unies au terme d’âpres négociations avec  Yahya Jammeh, le dictateur gambien ne peut que se frotter les mains. Du moins pour le moment. Morceaux choisis  des clauses de cet accord:

«  La Cédeao,l’UA et l’ONU saluent la bonne volonté de la diplomatie de Son Excellence,l’ex président Jammeh qui, dans l’intérêt du peuple gambien, et dans le but de préserver la paix, la stabilité et la sécurité de la Gambie, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la dignité du peuple gambien, a décidé de faciliter un processus de transition pacifique et ordonne  immédiatement le transfert du pouvoir au président élu, Adama Barrow, conformément à la constitution gambienne.

Pour ce faire, la Cedeao, l’UA et l’Onu s’engagent à collaborer avec le Gouvernement  de la Gambie pour veiller à assurer la dignité, le respect, la sécurité et les droits de l’ancien président  Jammeh en tant que citoyen ,Leader et ancien chef  de l’Etat tel que prévu et garanti par la constitution de la Gambie.

En outre, la Cédeao, l’UA et l’ONU s’engagent à travailler avec le Gouvernement de la Gambie pour s’assurer qu’aucune mesure législative ne soit prise par celle-ci, ce qui serait incompatible avec les deux paragraphes précédents.

La  Cédeao, l’UA et l’ONU  exhortent  le Gouvernement de la Gambie à prendre  toutes les mesures nécessaires  pour assurer qu’il n’y aura pas d’intimidation, de harcèlement et/ou de chasse aux sorcières des anciens membres du régime et des partisans , conformément à la constitution et aux autres lois en vigueur en Gambie.

La Cédeao, l’UA et l’ONU s’engagent à collaborer  avec le Gouvernement de la Gambie pour empêcher la saisie des biens et propriétés appartenant  légalement à l’ancien président Jammeh ou à sa famille  et à ceux de ses membres  du cabinet , en vertu de la constitution et d’autres lois en Gambie » . Fin de citation

Comme le montrent ces extraits de l’accord, l’ex président gambien qui a fait boire la coupe jusqu’à la lie à la médiation africaine et internationale, n’a accepté  quitter son palais présidentiel qu’après avoir obtenu tous les gages nécessaires lui assurant les jours tranquilles en Gambie et dans son pays d’accueil. Détail important à souligner,  le dictateur gambien a décliné  l’offre  d’asile du Nigeria, se souvenant des déboires d’un certain Charles Taylor, ancien président du Libéria qu’Abuja n’a pas hésité à livrer à la Cour pénale internationale après lui avoir offert l’hospitalité sur son sol. C’est en toute lucidité et connaissance de cause que le Babili Mansa a fini par choisir Malabo comme asile temporaire après une brève escale chez son ami Alpha Condé, président en exercice de la Guinée-Conakry.

En vérité, Yahya Jammeh a réussi parfaitement sa mise en scène.

Primo, le dictateur a tenu ferme et a fini par obtenir ce pour quoi il s’était rétracté après avoir reconnu sa défaite au scrutin présidentiel du 1er décembre et salué la victoire de son challenger,Adama Barrow.

Secundo, l’ex locataire du State House, le palais présidentiel gambien, a aussi testé la machine Cédeao, bien qu’ayant  été surpris par la fermeté des médiateurs ouest-africains et de la communauté internationale. Si l’institution sous-régionale que Jahya Jammeh avait prise au départ pour un pétard mouillé n’avait pas été pugnace, ferme et  menaçante jusqu’au bout, le dictateur aurait réussi son passage en force en privant Adama Barrow de sa victoire à l’élection présidentielle du 1er décembre dernier.

Depuis le début de ce feuilleton post-électoral qu’il a délibérément créé, et dans lequel en maître de jeu,  il a tenu en laisse la Cédeao  six semaines durant, l’ex homme fort de Banjul, en stratège militaire, était convaincu  que sans ce bras de fer, il était bon pour la potence tant la rage de lui faire payer ses 22 ans d’oppression du peuple était manifeste après sa débâcle électorale.

Aujourd’hui, l’enfant prodige de Kanilai, son village natal, quitte le pouvoir et son pays  sans être un héros mais aussi  en écartant l’épée de Damoclès qui planait sur sa tête et sur celle de ses plus proches collaborateurs.

Ni héros ni perdant, Yahya Jammeh s’exile loin de sa Gambie qu’il a dirigée  d’une main de fer ses 22 dernières années.  

Son successeur  Adama Barrow devra ménager durant son mandat le léopard de Kanilai conformément  à l’accord  passé avec la Cédeao, l’UA et l’ONU en tâchant d’éviter toute chasse aux sorcières dans les limites de cet accord.

La renaissance de la Gambie est au bout de cet accord.

Bernadin MONGADJI

 

 

 

 

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