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Sam, novembre

Candide Azannaï : Héros ou opportuniste ?

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Un orage a déchiré, ce lundi 27 mars 2017, le ciel de l’exécutif béninois déjà empêtré  dans la turbulence depuis quelque temps. Le ministre délégué à la Défense,  Candide Armand-Marie Azannaï, figure de proue de la galaxie Talon, est sorti de plein gré du navire gouvernemental en pleine tourmente.  

En dehors d’une lettre laconique  par laquelle le ministre démissionnaire  notifie son départ de l’équipe gouvernementale au président de la république, et d’une toute aussi brève  publication trônant encore  sur le mur de son compte Facebook, Candide  Armand-Marie Azannaï reste pour le moment muet comme une carpe  sur les raisons profondes de son divorce précoce  avec le président Patrice Talon.  

Pour un politicien de son calibre, le président du parti « Restaurer l’Espoir »  ne devra d’ailleurs pas mettre assez de temps  pour son grand oral d’explication aussi bien à ses militants qu’à l’opinion nationale.

En attendant que le tonitruant Candide Azannaï fasse sa rentrée politique et renoue avec un exercice qui lui a manqué depuis  douze mois, il est utile de revenir sur cette démission spectaculaire, d’en analyser les implications sur l’action politique du régime Talon dans les mois à venir .

Il est vrai, l’histoire politique récente du Bénin ne fourmille pas d’actes héroïques du genre.  Les Béninois ne sont pas non plus habitués à voir des ministres de leur pays taper du poing sur la table  gouvernementale en plein festin, eux qui ne sont jamais repus et qui ne supportent d’ailleurs pas qu’on en arrive à les évincer de la table de ripaille.

Les exemples de ministres ayant démissionné existent certes, mais ils ne sont pas légion. Un tour dans l'histoire récente du Bénin nous rappelle les cas des ministres Fèliho et Mito-Baba qui avaient  démissionné de leurs fonctions après quelques années au gouvernement lors du  mandat du président Soglo ( 1991-1996).  

Plus récemment encore, Adrien Houngbédji alors premier ministre du président Mathieu Kérékou,  s’était retiré du gouvernement en 1998 avec deux  des trois cadres de son parti ministres au sein du même exécutif. Le troisième, feu Kamarou Fassassi ayant refusé de lui emboîter le pas.

Dernière épopée du genre, celle du ministre Pierre Osho  ayant quitté de son propre chef en 2005, le gouvernement du président Kérékou mais après y avoir séjourné 9 ans sur 10. Donc, il était déjà repu.

Le cas de Candide Azannaï se détache néanmoins de cette jurisprudence des démissions par son caractère épique mais surtout sismique. Le ministre démissionnaire est un acteur clé du combat politique ayant abouti le 20 mars 2016 à  la victoire de Patrice Talon à l’élection présidentielle.  C’est le faucon politique  de la galaxie Talon. C’est aussi l’acteur capable de basses besognes et dont l’audace et la trivialité du discours ont constitué des armes de destruction massive contre la machine  Yayi.

En plus, Candide Azannaï, c’est l’autre Albert Tévoèdjrè national  de qui on peut dire  :"il vaut mieux l’avoir avec soi que contre soi’’.  C’est lui Candide Azannaï,  qui, au plus fort de la guerre YAYI-TALON , déclencha la fatwa  et prit la tête de la fronde , évitant de justesse  de se faire arrêter par le pouvoir d’alors.

 Candide Azannaï, c’est enfin  l’homme politique (plusieurs fois élu député et deux fois ministre) qui  sait parler à la pègre, lui-même  ancien responsable des racoleurs de la gare routière de Jonquet, un quartier de mauvaise réputation à Cotonou.

Voilà la carte de visite de celui qui a créé le séisme ce lundi 27 mars, au sein de l’équipe gouvernementale,  en claquant la porte sur le président Talon.  

En vérité, le contexte socio-politique dans lequel intervient la démission fracassante du ministre de la Défense nationale, confère à son action  un effet de déflagration politique. On n’eût pas exagéré en parlant de séisme gouvernemental dont la magnitude sera déterminée dans les jours, semaines et mois à venir. 

Talon a dû prendre  un coup  dans le ventre, une estocade en pleine tourmente sociale et politique.  Azannaï a calculé son coup et a choisi la période où Talon et son régime essuient le plus la réprobation populaire. 

«  En temps de crise, les fins politiques sont comme les oiseaux de mer, qui avertis de l’orage, par leur instinct, quittent le large et rasent le bord », écrivait Edouard ALLETZ dans Maximes politiques. L’acte posé par Candide Azannaï a une forte connotation politique et révèle au  grand jour tout l’art et le flair de l’ancien secrétaire  général de la Renaissance du Bénin (RB), le parti créé par Rosine Soglo.

Lorsqu’une rébellion provient de l’intérieur d’un système, ses effets sont plus nocifs que celle venant de l’extérieur. Ce clash avec un de ses plus grands comparses dans la stratégie ayant conduit à faire tomber le candidat de Yayi à la  dernière élection présidentielle, affaiblit nul doute Talon et annonce les moments difficiles pour le reste de son quinquennat.  C’est maintenant que la vraie opposition à Talon trouvera du bon terreau pour se sustenter et se sédimenter.

Si l’audace de l’action peut fatalement faire croire à un geste héroïque, il n’est pas moins vrai que Candide Azannaï en politicien futé, joue aussi la carte de l’opportunisme. Et cet opportunisme  ici est dicté par le désir de s’assumer en se frayant à nouveau son chemin, peu importe le gigantisme de l’adversaire qu'il connaît assez bien.

A vrai dire, Candide Azannaï dont le silence depuis plusieurs mois est révélateur d'un malaise,  n’a pas voulu boire la coupe de l'humiliation quotidienne jusqu’à la lie, et sa démission quoiqu'il ( Azannaï) fasse accroire trahit avant tout son propre complexe et prouve à suffisance que celle-ci est sous-tendue par des raisons égoïstes, touchant à ses propres intérêts. C’est un homme réduit à jouer les derniers rôles après avoir joué les premiers pour l’avènement au pouvoir de Talon qui saute du navire gouvernemental, la gorge serrée de frustration et le cœur meurtri de dépit.

C’est pourquoi, il lui faudra s’expliquer publiquement, et sans langue de bois sur les vraies motivations de sa démission. Un exercice très attendu qui pourrait faire briller l’héroïsme de son action politique ou l’assombrir par son caractère opportuniste. A lui de jouer !

Bernadin MONGADJI

 

 

 

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