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Sam, novembre

Halte au monarque maquillé !

Editos
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La forme de régime politique la plus répandue de nos jours est la république. Sur  les 193 Etats de la planète, on dénombre 136 républiques. Ce qui témoigne de la prédominance du pouvoir républicain sur les autres formes de pouvoirs, notamment les royautés et les principautés. Par république, il convient de comprendre un régime politique ni monarchique ni impérial. C’est un régime politique où le peuple est souverain. Il va sans dire que république et démocratie restent intimement liées. Au Bénin, encore plus en cette veille de l’élection présidentielle de 2016, les  hommes politiques invoquent souvent la république, les principes  républicains, les valeurs républicaines, etc. Mais il est cependant indispensable de rappeler  le sens de ces notions ventilées par-ci et par-là par de potentiels candidats mais dont les comportements et actes, dans le processus de séduction de l’électorat, sapent à la base l’opérationnalité de la république.

 

Les propos du genre « le mankpo (entendez le pouvoir) doit revenir à la maison » ne méritent pas d’être prononcés par un candidat aspirant au pouvoir républicain. « La maison », si elle existe, du pouvoir républicain, c’est l’Etat et non la localité ou la région d’origine d’un prétendant aux fonctions suprêmes de la république. Au cas où ces propos émanent effectivement du potentiel candidat Patrice Talon, en tournée préélectorale dans sa cité « maternelle », il y a lieu de s’inquiéter. L’homme qui promet gérer autrement le pays une fois portée au palais de la Marina aura ainsi entamé sa randonnée de conquête de l’électorat par une gaffe. Il est inacceptable qu’un acteur politique, qui plus est, potentiel candidat à la magistrature suprême, tienne des propos tendant à discréditer le pouvoir républicain dans un système démocratique comme celui en cours au Bénin.

En réalité, au cours de cette dernière décennie, on a reproché au régime en place des velléités claniques, ethniques, régionalistes et ecclésiastiques dans son approche de gestion du pouvoir républicain. On a dénoncé l’instrumentalisation des garants de la tradition à des fins politiciennes. Il n’est pas imaginable qu’un candidat engagé dans la course pour la succession du chef de l’Etat actuel, dans la perspective de changer les tares notées dans la gestion du pouvoir d’Etat ces dix dernières années annonce sans retenu dans le couvent de son clan familial que « le pouvoir doit revenir à la maison ». Ces propos ne sont pas pour unir la république. Ils fragilisent davantage l’unité nationale. Ils cachent une volonté de perpétuation des privilèges particularistes au grand dam de ceux de la république. C’est une menace à peine voilée sur l’intérêt collectif. Il faut dénoncer avec véhémence des propos du genre au sein des chapelles politiques qui ambitionnent prendre les commandes en main.

En effet, la conquête du pouvoir républicain exige des acteurs politiques qu’ils soient au-dessus de la mêlée. Car il ne s’agit pas d’un pouvoir qu’il faut qu’une région arrache au détriment d’une autre, qu’une ethnie s’arroge au détriment l’autre, qu’une famille s’approprie au profit de ses intérêts, qu’un clan religieux s’attribue aux dépens des autres clans. La république est une, indivisible et laïque malgré la mosaïque de composantes qu’elle recouvre. De ce point de vue, il revient aux hommes politiques de savoir mesurer la portée de leurs propos. En tout cas, l’électeur se doit de tenir grandement compte des mots et phrases provenant des prétendants à la magistrature suprême au risque de ne pas confier la gestion du pouvoir républicain à un monarque maquillé en démocrate.

 

Marc David Molli

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