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Sam, novembre

Exit ! Mathieu Kérékou: une figure controversée dans l’histoire du Bénin

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Rappelé à Dieu le 14 octobre 2015 à 82 ans, le Général Mathieu KEREKOU repose,  désormais pour l’éternité,  à Natitingou, la ville natale l’ayant vu naître et qui a  accueilli ce samedi 12 décembre 2015 sa dépouille mortelle pour son ultime voyage sur la terre.

Démarrées  le mercredi 09 décembre 2015, jamais dans l’histoire du Bénin, obsèques d’une personnalité nationale n’avaient connu tant de solennité et de ferveur populaire.  Adulé  de son vivant en dépit d’une réputation controversée, Mathieu Kérékou termine son séjour sur la terre porté au pinacle par ses compatriotes et l’ensemble des forces vives de la nation. Célébré pour sa stature  inégalée d’homme d’Etat et de chef militaire exemplaire, celui qui est entré brutalement dans l’histoire politique du Bénin par le coup d’Etat du 26 octobre 1972, laisse globalement en héritage à son peuple  l’image d’une personnalité éprise de paix, de concorde et d’unité  nationales. Marxiste-léniniste jusqu’à la liquidation de cette idéologie emportée par la chute du mur de Berlin en 1989,  Mathieu Kérékou a conduit  pacifiquement son pays vers le renouveau démocratique  et l’Etat de droit, au terme de la conférence des forces vives de la nation de février 1990 qu’il a convoquée lui-même. Symbole de l’unité nationale, il est resté le seul Chef d’Etat béninois à avoir  réussi à fédérer autour de lui les principaux clans politiques  antagoniques au niveau national. C’est donc évident que sa mort rassemble autour de sa dépouille toute la classe politique dans sa diversité et ses contradictions. La mobilisation populaire  exceptionnelle le long de l’itinéraire du voyage de sa dépouille mortelle de Cotonou à Porto-novo, de bohicon à Dassa et à Savè, de Tchaourou à Parakou et de Djougou à Natitingou, montre que même mort, Mathieu Kérékou restait le Chef d’Etat le plus populaire au  cours de ces 25 dernières années au Bénin.

 Dans les flots des oraisons funèbres enflammées, chantant l’épiphanie d’un homme au destin exceptionnel, il y a aussi les voix  muettes des milliers de victimes des assassinats politiques  ou des rescapés des lieux célèbres de tortures (petit palais et Ségbana)  perpétrés pendant la période révolutionnaire  sous le dirigisme politique   du Général Mathieu Kérékou.

 Mathieu Kérékou, c’est aussi pour une certaine opinion nationale l’entropie au sommet de l’Etat, l’arbitraire et la complaisance dans la gestion économique. Si le Bénin après 55 ans d’indépendance y compris les années d’errement  politique, peut s’enorgueillir d’avoir gagné le pari de la paix et de la stabilité politique grâce à Mathieu Kérékou, a contrario, les longues années au pouvoir (1972-1991 et  1996 à 2006)  de l’homme du 26 octobre 1972, ont été désastreuses au plan économique. Les Béninois savent qu’à lui seul, Mathieu Kérékou porte la racine des fléaux qui gangrènent aujourd’hui la société béninoise notamment,   la gabegie, la corruption,  l’anarchie et la déliquescence du tissu social.   Car c’est sous ses règnes successifs que ces fléaux ont pris corps, se sont sédimentés pour constituer  aujourd’hui une vraie menace pour la survie d’une  Nation encore en friches.  

 Mathieu Kérékou repose désormais en paix sur sa terre natale à Natintingou, capitale du  pays « somba », emportant avec lui plusieurs mystères non élucidés sur l’histoire récente du Bénin.

Par Bernadin MONGADJI 

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