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Sam, décembre

Nigeria/Economie: La dépréciation du naira enrhume l’économie béninoise

Afrique
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La dépréciation effrénée du naira nigérian a déstructuré l’économie du géant de l’Est mais aussi a de graves répercussions sur les activités économiques de ses voisins comme le Bénin. Baisse des  importations et  ré-exportations, les conséquences de la chute du naira, monnaie nigériane, sont nombreuses.

Le Nigéria, pays dont le budget est ajusté au prix du pétrole à plus de 70 pour cent connaît depuis  près de deux ans une récession économique  due justement à la baisse des cours du pétrole. Pour preuve, le Nigeria avait élaboré en 2014 son budget sur la base de 80 dollars le baril de pétrole. Il l’a ramené en 2015 autour de 60 dollars. Les prévisions budgétaires n’ont pas été atteintes car les cours sont tombés à moins de 50 dollars. Par conséquent, toutes les réserves de change se sont effondrées. « Une fois que les réserves de change s’effondrent, la monnaie prend un coup », selon le professeur John Igueh, spécialiste du Nigeria, ancien ministre béninois du commerce et  de l’Industrie, et directeur scientifique du Laboratoire d’analyse régionale et d’expertise sociale (LARES).

Conséquences sur le Bénin

La dépréciation de la monnaie nigériane ne manque pas de  conséquences sur l’économie béninoise. Bon nombre d’opérateurs  béninois  font des transactions commerciales avec le géant de l’est. Tous ces opérateurs connaissent actuellement de très gros soucis notamment les ré exportateurs de véhicules, de riz, et d’huile végétale. La plupart des acteurs économiques qui exploitent le marché nigérian ne sont pas payés en devises mais en naira. A cause de la baisse du pouvoir d’achat au Nigéria et des problèmes d’inflation, ces acteurs éprouvent quelques difficultés à rentabiliser leurs échanges avec ce pays. Mais quand le naira baisse, cela entraîne la baisse aussi du pouvoir d’achat des Nigérians bien que leur salaire reste le même. Par conséquent, lorsque les opérateurs économiques béninois vendent au Nigeria, ils font d’énormes pertes. Tous sont frileux aujourd’hui surtout par rapport à leurs anciens stocks. Cela fait qu’on assiste à une certaine morosité des activités économiques au Bénin puisque les 80 pour cent de ces activités économiques sont liées au marché nigérian. Les pertes étant énormes sur les méventes des produits, ces opérateurs n’importent que très peu en attendant que la situation s’arrange.

L’autre conséquence est que le Bénin ne peut pas s’ajuster parce qu’il utilise une monnaie au cours fixe. C’est cela la  difficulté avec le Nigeria. Le Franc CFA a une parité fixe, ça ne bouge pas. Il est difficile d’être à l’aise avec un pays dans le système du franc CFA qui a une parité fixe avec l’euro et pouvoir se réajuster avec une monnaie comme le naira, très fluctuante. C’est pour cela que la lutte des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour avoir une monnaie commune vient à point nommé. Ce sujet a été débattu au 49è sommet de l’instance régionale le 28 mai dernier à Dakar. Mais la question qui se pose est de savoir si ce projet pourra être concrétisé un jour, vu les liens séculaires des pays de la zone CFA avec l’ancienne puissance colonisatrice qu’est la France.

Christophe SESSOU

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