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Jeu, avril

Côte-d’Ivoire  : Alassane Ouattara prépare sa succession

Afrique
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C’est un véritable jeu de chaise musicale qui se livre sur la scène politique ivoirienne depuis ce lundi 9 janvier. La nouvelle constitution en main, le chef de l’Etat Alassane  Ouattara redistribue les cartes, après avoir dompté une opposition devenue inaudible. Mais en arrière-plan de ces grandes manœuvres de mi-mandat, la question de la succession. Alassane Ouattara a sûrement les yeux rivés sur cet agenda précieux, qui lui ôte tout droit à l’erreur.

Alassane Ouattara aura réussi un grand coup politique en parvenant sans coup férir, à faire d’une bouchée, une opposition ivoirienne des plus mordantes du continent. Dernier acte d’une série bien orchestrée, le passage comme une lettre à la poste, de la nouvelle constitution, que d’aucuns jugent taillée sur mesure, dans le seul dessein de l’après-pouvoir. Du coup, Ado, comme l’appellent ses admirateurs, a désormais toutes les cartes en main, et les redistribue à sa guise, dans un magistral jeu d’équilibre, dont la pierre angulaire reste le tandem qu’il forme avec l’ex président Henri Konan Bédié.

La promotion au poste de vice-président de Côte-d’Ivoire, ce 10 janvier, de Daniel Kablan Duncan, à peine déchargé de ses fonctions de Premier ministre, est un ènième symbole de la bonne maîtrise de l’arithmétique politique ivoirienne par le chef de l’Etat. Economiste ayant eu presque la même carrière que le président Ouattara, Kablan Duncan est aussi un proche d’Henri Konan Bédié, dont il est un des hauts cadres du Parti démocratique de Côte d'Ivoire ( PDCI). Des observateurs avertis du jeu politique ivoirien lui prédisent un avenir encore plus somptueux, notamment avec la nouvelle constitution qui ouvre la voie royale de succession au vice-président. Dans tous les cas, Kablan Duncan, véritable cordon ombilical entre les deux grands ténors de la majorité ivoirienne, reste un potentiel bon successeur à Ouattara.

Faut-il le rappeler, le chef de l’Etat s’est rendu, jeudi dernier au domicile de son allié politique  Henri Konan Bédié, en prélude au grand vent de recomposition politique en cours. Cela tient d’ailleurs d’une tradition, chaque fois que le président Ouattara doit prendre de grandes décisions politiques. L’attelage Rdr-Pdci (Rassemblement des républicains-Parti démocratique de Côte-d’Ivoire) stratégiquement baptisé Rassemblement des houphouétistes, leur sert de passerelle naturelle, pour un verrouillage sans partage du jeu politique ivoirien.

Le cas Soro

De l’autre côté, le président ne manque pas de ménager Guillaume Soro, l’enfant prodige à la fois fin stratège politique et militaire, dont les ambitions présidentielles crèvent l’œil. Soutien de longue date à l’accession de Ouattara à la magistrature, Guillaume Soro reste une équation délicate pour le président ivoirien. Convaincu qu’il vaut mieux l’avoir avec soi que contre soi, Ouattara n’a pas hésité à lui léguer à nouveau le perchoir ce lundi, à l’issue d’un plébiscite qui ne dit pas son nom.

Et comme pour parachever le jeu parfait, le président Ouattara vient de nommer au poste de Premier ministre, l’ex Secrétaire général de la présidence, Amadou Gon Coulibaly. In fine, les postes clés de l’exécutif sont répartis selon la règle de l’équilibre qui permet à Ouattara de dérouler son agenda en toute quiétude.

2021 paraît bien loin. Mais le président Ouattara ne veut visiblement pas se contenter de son bilan on ne peut plus flatteur. Le puzzle est savamment agencé au jour le jour, pour avoir un œil sur l’après-pouvoir. Les cartes qui viennent d'être redistribuées trahissent ainsi les acteurs clés pour la succession de Ouattara en 2021.

Bruno O. OTEGBEYE 

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