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Mar, octobre

Cameroun : Jusqu’où iront les sécessionnistes ?

Afrique
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La crise anglophone au Cameroun s’est exacerbée ce 1er octobre avec la proclamation symbolique par les leaders sécessionnistes de l’Etat de «  l’Ambazonie » pour s’affranchir de la tutelle de Yaoundé.  Mais la réaction des autorités centrales ne s’est pas fait attendre. Entre répression et fermeté, Yaoundé veut utiliser les grands moyens pour enrayer les velléités indépendantistes de la région anglophone. Les séparatistes, eux, n'ont pas encore dit leur derniers mots.

La crise anglophone a pris un grade le week-end dernier avec la proclamation sur les réseaux sociaux  par les indépendantistes de l’Etat de « l’Ambazonie ». Les sécessionnistes ont choisi la date du 1er octobre, pour rappeler l'anniversaire de la réunification du pays en 1961 quand bien même il s'agit pour eux de faire le chemin inverse. Une proclamation certes symbolique mais que les autorités de Yaoundé ont pris au sérieux en déployant de grands moyens de défense et de sécurité pour traquer les sécessionnistes.

Du coup, plusieurs manifestations des séparatistes  dans les deux régions anglophones du pays notamment à Buea et à Bamenda, le dimanche 1er octobre dernier, ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité entraînant  d’importantes  pertes en vies humaines, de grands dégâts matériels et des arrestations policières. Un bilan rendu public par Amnesty international ce lundi 02 octobre, fait état d’au moins de 17 morts dans les rangs des manifestants.

La situation sécuritaire est donc préoccupante dans cette partie du Cameroun. Le président Paul Biya absent du territoire national, a rendu publique une déclaration relayée sur les réseaux sociaux et dans laquelle il lance un appel au dialogue et condamne les violences enregistrées d’où qu’elles viennent lors de ces événements.

Pour le moment, la situation sécuritaire reste préoccupante dans cette partie du Cameroun où autorités locales et gouvernementales se font la guerre des chiffres quant au bilan humain engendré par les différents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. C’est dans un tel climat que Yaoundé haussant le ton, a annoncé les restrictions sur la fourniture de l’internet dans la partie anglophone et l’interdiction formelle faite aux médias d’ouvrir leurs antennes et colonnes aux sécessionnistes.

Des séparatistes opiniâtres

Malgré leur faiblesse démographique, environ 20% sur les 22 millions de Camerounais, les anglophones qui pèsent néanmoins sur l’économie du pays, ont de tout temps déploré la marginalisation dont ils font l’objet de la part du gouvernement central. Déjà fin 2016, ce sentiment d’exclusion avait entraîné plusieurs mouvements de protestations  dans la partie anglophone. Mais les mesures prises par Yaoundé pour contenir leur colère n’ont fait qu’exacerber les velléités indépendantistes des anglophones.

Frustrés et déçus, certains anglophones encore nostalgiques du fédéralisme ayant prévalu entre 1961 et 1972 au Cameroun rêvent de cette époque pendant que les partisans du séparatisme ne voient le salut que dans l’indépendance vis-à-vis de Yaoundé.

A leur corps défendant, outre le sentiment de marginalisation, les leaders des mouvements sécessionnistes soulèvent des questions d’incompatibilité avec la vision francophone dominante dans le pays. Ces questions concernent l’éducation, la justice et bien d’autres qu’ils jugent être aux antipodes des valeurs anglo-saxonnes constituant le référentiel pour les anglophones. Malgré les efforts des autorités gouvernementales pour faire progresser nombre de ces sujets, les anglophones camerounais ont toujours le sentiment d’être les maillons faibles du pays. Toutes choses qui ont réveillé les velléités indépendantistes dont le point d’orgue a été la proclamation sur les réseaux sociaux, ce 1er octobre 2017, par Sisuku  Ayuk, de l’Etat de «  l’Ambazonie ». C’est d’ailleurs cette escalade qui  est à l’origine des violences meurtrières du week-end dernier et Yaoundé tente par la force d’étouffer ces velléités indépendantistes agitant les risques que celles-ci font peser sur la paix et la stabilité du Cameroun. Mais en attendant un dialogue franc entre les protagonistes, il y a lieu de se demander jusqu’où iront les leaders séparatistes qui ne sont pas prêts à renoncer à leur combat

Thomas d’Aquin SOTON

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