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Ven, novembre

Côte d’Ivoire : Soro dans l’étau de Ouattara ?

Afrique
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Après près de deux mois d’absence du territoire national, le président du Parlement ivoirien est annoncé ce dimanche 22 octobre à Abidjan. Guillaume Soro rentre au bercail dans un contexte où les ingrédients d’un malaise et d’une détérioration de ses relations  avec le président Alassane Dramane Ouattara sont aujourd’hui secret de polichinelle.

Absent du territoire national depuis deux mois pour des missions dans le cadre de son mandat de président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro a suivi de loin l’arrestation de son chef protocole, Souleymane Kamagaté Koné après la découverte au mois de mai dernier d’une cache d’armes dans la résidence de celui-ci à Bouaké.

Souleymane Kamagaté Koné est connu pour être un homme de confiance du président Soro. Ce dossier chaud qui ne saurait laisser indifférent le président du parlement ivoirien, sera nul doute déterminant dans la suite des relations entre le régime du président Ouattara et le camp Soro, allié de l’exécutif.

Quelques heures après son arrestation, le chef du protocole de Guillaume Soro s’était fendu d’un communiqué dans lequel il accusait sans détours le président Alassane Ouattara de viser à travers son incarcération son patron qui est le président de l’Assemblée nationale. Cette publication a été reprise d’ailleurs sur la page Facebook de Guillaume Soro.

Malaise

Entre Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale et Alassane Dramane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, ce n’est pas actuellement la lune de miel, bien que l’entourage des deux personnalités continuent d’écarter la thèse d’une  brouille entre les deux alliés.

 Les faits, certes, contredisent bien ce que tentent de masquer les proches et vases communicants des deux hommes politiques. Les mutineries de janvier et de mai derniers déclenchées par des soldats autrefois sous les ordres de Guillaume Soro en sa qualité de chef des Forces Nouvelles (la rébellion armée qui contrôlait le centre et le nord de la Côte d’Ivoire pendant la crise ivoirienne), ont été les premiers signaux du malaise entre le président ADO et son comparse, Guillaume Soro. A tort ou à raison, beaucoup avait vu la main de l’ex chef des Forces nouvelles derrière les mouvements d’humeur de ses éléments qui ont pris des armes pour revendiquer leurs droits.

Si le président Ouattara a dû se plier en quatre pour calmer les mutins, les séquelles financières et morales de ces soulèvements généralisés  lui sont restées jusqu’à ce jour. La découverte de la cache d’armes où  s’approvisionneraient certains mutins au cours de ces insurrections, a fini par convaincre Abidjan sur les dessous sombres de ces événements successifs qui avaient mis sous la braise le pouvoir.    

L’arrestation puis l’incarcération de Souleymane Kamagaté Koné le 9 octobre dernier, n’a fait que conforter les indices du malaise et la détermination du pouvoir exécutif à enrayer toute organisation armée susceptible de mettre en péril la paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire.

 Bien avant ces événements, Ouattara avait déjà commencé l’affaiblissement de Guillaume Soro en changeant le commandement militaire et en écartant les officiers jugés proches de l’ancien ministre de la Défense, à l'avènement au pouvoir du régime en 2011.

La nomination de Ahmed Bakayoko, un des adversaires de Guillaume Soro au portefeuille de ministre d’Etat chargé de la Défense nationale, a fini par dévoiler les intentions du Chef de l’Etat de reprendre en main ce département sensible.

En septembre dernier, rapporte le magazine Jeune Afrique, le président Guillaume Soro aurait boycotté au motif qu’il n’était pas associé à l’organisation, le troisième congrès du parti RDR ( Rassemblement des Républicains) du Chef de l’Etat.

Malgré la bonne entente véhiculée par leurs  entourages respectifs, les présidents Ouattara et Soro ne filent pas le parfait amour par ces temps-ci. Les indices le confirment bien.

S’il est vrai qu’il ne faille pas écarter les médiations en sous-marin pour que les deux alliés et comparses d’hier  tombeurs de Laurent Gbagbo, puissent recoller les morceaux et sauver l’essentiel, cette situation met beaucoup plus en difficulté Guillaume Soro pour le rôle qu’il a joué pendant la longue crise ivoirienne. Un rôle aux relents de puanteur pour avoir dirigé la rébellion armée et pactisé avec différentes factions pour siéger au gouvernement dans des portefeuilles stratégiques.

C’est un passé sulfureux que le président Guillaume Soro aurait bien voulu tourner la page pour se mettre en posture de dauphin du président Alassane Ouattra en 2020. Un rêve désormais pieux en raison de la redistribution des cartes qui se met déjà en place autour d’ADO sans le schéma de Guillaume Soro, lui qui a toujours aimé joué les premiers rôles.

Bernadin MONGADJI

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