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Sam, novembre

Togo : Une médiation africaine mise en branle, Paris accroît la pression

Afrique
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La crise politique qui déchire le Togo depuis plus de deux mois  pourrait connaitre dans les prochaines semaines un début de dénouement. Les missions de bons offices des parlementaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ( Uemoa)  et la médiation des chefs d’Etat de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest ( Cedeao) s’activent pour établir le dialogue entre les différents protagonistes. Ce mercredi, Paris a aussi haussé le ton, en appelant, les autorités togolaises à ouvrir un " dialogue immédiat" avec l'opposition.

Depuis plus de deux mois, le Togo est touché par une crise politique aiguë  née de l’exigence des forces  de l’opposition réclamant dans des mouvements de foules et dans les rues, le départ du président Faure Gnassingbé du pouvoir et l’alternance au sommet de l’Etat.

 Les affrontements réguliers dans les rues au cours de ces mouvements de protestations entre forces de l’ordre et manifestants, ont  déjà causé plus d’une dizaine de morts, des milliers de blessés, d’importants dégâts matériels et des vagues d’arrestations.

Malgré les répressions sanglantes de ces marches, à chaque appel de l’opposition à manifester, la mobilisation des populations dépitées par le régime au pouvoir, ne faiblit pas dans les rues de Lomé, de Sokodé, etc.

 L’opposition ragaillardie par l’impressionnante mobilisation des populations à ses appels à manifester,  a fait désormais du départ de Faure Gnassingbé du pouvoir, son objectif principal. Elle ne rate donc aucune occasion lors des manifestations dans les rues de Lomé, pour dénoncer la prise en otage du Togo par les Gnassingbé depuis 50 ans.

Les différents appels au dialogue des organisations d’intégration sous-régionale, de l’Organisation internationale de la francophonie ( OIF) et des Nations unies , sonnent jusqu’à ce jour comme des échos dans le désert. L’opposition a même récusé une médiation de l’OIF  exigeant que la médiatrice envoyée soit changée.

Une véritable médiation se met en place

Depuis quelques jours, la médiation sous-régionale dans le cadre du règlement de la crise au Togo, s’est mise en branle après une période plus ou moins longue d’atermoiements.

A l’avant-garde, le Conseil pour la paix du Comité interparlementaire de l’UEMOA, a entamé, le 24 octobre, une mission de bons offices à Lomé. Composée des vice-présidents des parlements du Bénin, du Burkina, du Mali, du Niger et du Sénégal, cette mission a écouté les députés de l’opposition et de la majorité présidentielle impliqués dans la crise.

Même si c’est la première mission officielle depuis l’éclatement de cette crise à  avoir réussi à rencontrer  la classe politique togolaise, la faiblesse de cette médiation reste que les parlementaires rencontrés n’ont pas les moyens de faire changer d’avis aux protagonistes.

La mission a bénéficié certes, d’une écoute attentive des parlementaires togolais de chaque camp et poursuit sa sensibilisation afin de faire bouger les lignes pour un véritable dialogue entre les deux parties.

Parallèlement loin de Lomé, un conclave de cinq Chefs d’Etat s’est penché sur la crise togolaise ce même 24 octobre, à Niamey, en marge d’une réunion de la CEDEAO sur la monnaie unique dans cet espace. Il s’agit des chefs d’Etat de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Ghana, du Nigeria et aussi du Togo.

Au terme de ce conclave, c’est le président Alassane Ouattara qui a adressé un message aux Togolais, au nom de ses pairs de la CEDEAO.

« Nous encourageons les Togolais à trouver la meilleure voie mais les propositions qui sont déjà faites permettent d'avancer vers plus de démocratie au Togo», a déclaré le président de la Côte d’Ivoire avant d’inviter l’opposition togolaise à recourir à la voie légale pour se faire entendre.

« Nous estimons qu'il faut des négociations car il y a des institutions au Togo. Et ces négociations doivent aboutir aux modifications constitutionnelles qui ont déjà été engagées : c'est à dire la limitation à deux mandats et la question d'une élection où la majorité absolue doit être constatée au premier tour à défaut de quoi il faut un deuxième tour », a conclu Alassane Ouattara qui n’a pas manqué d’appeler les acteurs à éviter toutes formes de violences.

Ce mercredi 25 octobre, c'est Paris qui hausse le ton en appelant le gouvernement togolais à " organiser un dialogue immédiat" pour faire aboutir les réformes politiques et à respecter le droit de manifester des populations.

Depuis deux mois, l'opposition togolaise multiplie les manifestations pour  réclamer le retour à la constitution de 1992 qui prévoit la limitation du mandat présidentiel et l'alternance à la tête de l'Etat. Malgré l'option d'un référendum proposée par l'exécutif pour opérer des réformes constitutionnelles,  l'opposition n'y voit qu'un nouveau piège et appelle à la restauration de la constitution de 1992.

Cette série de médiations venant de la sous-région ouvrent désormais de bonnes perspectives pour une issue heureuse à cette crise. Si les protagonistes acceptent d’aller sur la table de négociation, ce serait le début du retour à la paix au Togo. La Cedeao et l’Uemoa pourraient bien se frotter les mains d’avoir été les facilitateurs à ce dialogue. 

Bernadin MONGADJI

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