18
Sam, novembre

Kenya / Présidentielle du 26 octobre : Kenyatta fait le choix du forcing

Afrique
Typographie

Suivant les gages du gouvernement, le président de la commission électorale kenyane, a maintenu, la tenue de l’élection présidentielle ce jeudi 26 octobre 2017. Une décision jugée surprenante, au regard de la crise post-électorale profonde déchirant le Kenya après l’annulation du scrutin du 8 août ayant consacré la réélection du président Uhuru Kenyatta. Avec une commission électorale divisée, et l’appel au boycott du chef de file de l’opposition, le scrutin de ce jeudi s’annonce rempli d’incertitudes pour le Kenya.

Dans un contexte socio-politique orageux après l’invalidation du scrutin présidentiel du 08 août dernier, le gouvernement kenyan a donné le quitus à la commission électorale d’organiser l’élection présidentielle prévue pour ce jeudi 26 octobre 2017. Une décision  jugée surprenante au regard des alertes données, il y a une semaine par le président de la commission électorale sur son impossibilité  dans les conditions actuelles d’organiser  un scrutin fiable et crédible le 26 octobre. Un des huit membres de la commission électorale avait aussi donné dans la foulée sa démission dénonçant des pressions et de profonds dysfonctionnements au sein de l’institution chargée d’organiser l’élection présidentielle.

En confirmant, ce mercredi, soit une semaine après ses réserves de ne  pouvoir être en mesure d’organiser un scrutin fiable et crédible le 26 octobre, l’opinion s’étonne du revirement spectaculaire  du chef de la Commission électorale (IEBC), Wafula Chebukati, ravalant aujourd’hui ses propres vomissures.

"En tenant compte des assurances données à cette commission par les autorités concernées et les agences de sécurité (...), l'élection aura lieu comme prévu demain (jeudi), 26 octobre", s’est défendu  M. Chebukati lors d'une conférence de presse pour justifier sa volte-face,  avant d’ajouter qu’il y a eu des progrès au sein de la commission qu’il préside.

Forcing

Les autorités gouvernementales kényanes ont pris sur elles le risque d’organiser l’élection présidentielle dans un contexte socio-politique tendu encore marqué par les événements douloureux qui ont sanctionné le scrutin du 8 août annulé par la Cour suprême.

Les arguments avancés par le chef de la commission électorale pour justifier la capacité de son institution à pouvoir organiser le scrutin du 26 octobre, se fondent sur les gages du gouvernement d’assurer la sécurité du scrutin et peut-être de donner les moyens à l’IEBC.

Ces assurances sont d’ailleurs discutables  d’autant plus que le président Uhuru Kenyatta dont la réélection  après le scrutin du 08 août dernier avait été annulée par la Cour suprême pour fraudes et diverses irrégularités, est candidat à sa propre sucession.

 Le président sortant candidat à sa propre succession  en donnant des garanties à l’IEBC pour organiser le scrutin du 26 octobre, se retrouve dans une position délicate  d’un protagoniste prêchant pour sa paroisse et forçant un processus en pleine tempête socio-politique pour s’assurer une nouvelle réélection.

A moins de foncer tête baissée vers le mur, les indicateurs et le contexte actuel ne sont pas favorables au maintien du scrutin du 26 octobre. Le chef de file de l’opposition qui a vainement exigé la réforme de la commission électorale avant la reprise du scrutin, n’aura pas été entendu. Il a donc appelé ses partisans à boycotter l’élection maintenue pour ce jeudi 26 octobre.

Ces dernières semaines, le Kenya a été le théâtre d’affrontements meurtriers entre partisans  de l’opposition et forces de sécurité dans les rues de Nairobi et de plusieurs autres villes.

La décision du président Uhuru Kenyatta d’organiser le scrutin de ce jeudi dans un tel climat , apparaît manifestement comme une opération de forcing, l’objectif étant de se faire réélire très rapidement en profitant de la défection de son principal challenger, Raila Odinga, chef de file de l’opposition.

Sur cette voie de forcing, le président sortant avec une commission électorale presque à sa solde,  pourrait trouver  sur son chemin comme adversaire le taux de participation. Au cas où l’appel au boycott de l’opposition était suivi, l’enjeu du scrutin se jouera sur ce terrain.

 

Dans tous les cas,  en l’absence de Raila Odinga, son challenger, la réélection du président Uhuru Kenyatta est assurée, sauf que pour n’avoir pas pas vaincu sans péril, il triompherait sans gloire.

Bernadin MONGADJI

Annonce

Nous suivre

Inscrivez-vous gratuitement à notre liste de diffusion et soyez notifié dès qu'une nouvelle information arrive.