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Sam, novembre

Côte d’Ivoire : Ouattara-Soro, guerre froide et langue de bois

Afrique
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Les relations entre le président Alassane Ouattara et son allié, Guillaume Soro nourrissent, depuis quelques temps, moult commentaires et sont au cœur de vives polémiques. Si chacune des deux personnalités essaie de revendiquer de cordiales relations entre elles, la réalité des faits ne trompe guère. Face à l’orage qui gronde, Ouattara et Soro veulent bien sauver les meubles.

Fine bouche, langue de bois et hypocrisie, Alassane Ouattara et Guillaume Soro continuent d’entretenir le flou, tentant vaille que vaille de sauver aux yeux de l’opinion ivoirienne et africaine ce qui reste encore de leurs relations.

Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne rentré, il y a quelques jours, après plus de deux mois d’absence du territoire national, a dû une fois encore, à son retour au pays, devoir affirmer que tout allait bien entre lui et le président de la république.

Les propos de Guillaume Soro et les assurances qu’il donne sur ses relations avec le président Alassane Ouattara n’ont pas manqué de faire sourire aux Ivoiriens bien au fait de l’actualité sur les déboires  d'un de ses proches avec le pouvoir ou la justice.

Le 09 octobre 2017, Souleymane Kamaraté Kone, ami personnel et chef protocole de Guillaume Soro, est inculpé pour complot contre la sûreté de l’Etat et déposé en prison dans le cadre d’une affaire de découverte d’une importante cache d’armes dans une villa qui lui appartiendrait à Bouaké. Quelques heures après son arrestation, l’intéressé a accusé officiellement le président Alassane Ouattara de viser Guillaume Soro à travers l’affaire de cache d’armes de Bouaké.

Accusées d’entretenir des relations orageuses, les deux personnalités se sont toujours défendues du contraire. C’est depuis Niamey, la capitale du Niger que le président Alassane Ouattara a cru devoir remettre les pendules à l’heure en affirmant, mardi dernier, qu’entre lui et Guillaume Soro, il n’y avait aucune crise.

« Le président de l’Assemblée [Guillaume Soro] est un jeune homme que j’ai proposé à mon parti pour être président de l’Assemblée nationale. Il ne saurait y avoir de crise entre le président de l’Assemblée et moi-même. Au moment où il a pris fonction à l’Assemblée j’étais encore le président du Rassemblement des républicains dont il fait partie jusqu’à nouvel ordre. Donc il n’y a pas de crise. Vous parlez d’arrestations. Il n’y a pas d’arrestations. Je ne vois pas. Il y a une personne qui a été mise sous mandat de dépôt, en attendant que le jugement se fasse, parce que les enquêteurs ont trouvé six tonnes d’armes dans la résidence d’une personne. Ce n’est pas normal. La Côte d’Ivoire est un Etat de droit et la loi s’applique à tous les citoyens, sans exception. Mais la justice fera son travail », a déclaré le président de la République.

 Les non dits

Les déclarations faites depuis Niamey par le président de la république au sujet de ses relations avec Guillaume Soro, relations qu’il juge toujours cordiales, sont à mettre dans le cadre des discours de convenance politique qui trahissent toujours leurs auteurs.  

Le président Alassane Ouattara qui s’était bien gardé jusque-là de se prononcer  officiellement  sur l’arrestation du chef protocole de Guillaume Soro, s'est enfin mis du côté du droit,  banalisant  une affaire qui depuis son déclenchement pourrit la vie au président de l’Assemblée nationale.

A preuve, moins de 48 heures après les propos du président ivoirien à Niamey, trois proches de Guillaume Soro sont à nouveau fichés par les services secrets ivoiriens et mis sous surveillance par le ministère de l’Intérieur. Une nouvelle affaire qui  rajoute une couche aux soucis du président de l’Assemblée nationale obligé d'assister impuissant à la traque de son entourage et de ses hommes de main.  

Contrairement donc aux apparences et aux discours de convenance, Guillaume Soro et Alassane Ouattara couvent de graves dissensions que seul l’effet du temps peut exposer ou étouffer. Preuve que rien ne va surtout pas entre les deux alliés d’hier, l’ancien président du Nigeria, le Général Olushegun Obasanjo, selon Jeune Afrique, aurait été entrepris comme médiateur pour régler la crise entre Alassane Ouattara et son jeune frère Guillaume Soro. Une information que le président Obasanjo a confirmée dans une interview accordée à la revue africaine cette semaine.

D’autres faits comme les mutineries de janvier et de mai derniers ajoutés aux événements récents, ont contribué à la détérioration des relations entre les deux personnalités. Les arguments politiques autour de la succession du président Alassane Ouattara, certes, ne sont pas du reste.  

Si pour le moment, les discours sont de part et d’autres à l’apaisement, c’est aussi pour permettre à la médiation de faire son travail en ramenant Alassane Ouattara et son allié Guillaume Soro à renouer un dialogue franc et à régler leurs dissensions.

Si l’ex président du Nigeria, Olushegun Obasanjo et bien d’autres personnalités  arrivent à réussir leur médiation, les choses pourraient rentrer dans l’ordre sans démentir les assurances actuelles des deux personnalités sur l’état de leurs relations. La Côte d’Ivoire gagnerait dans une issue heureuse de cette médiation.

 Bernadin MONGADJI

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