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Mer, février

Purge après le coup d'Etat manqué en Turquie : Jusqu’où ira le président Erdogan ?

Europe
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Depuis le coup d'Etat qui a failli écourter son premier mandat en tant que président, le chef d'Etat turc Recep Tayyip Erdogan n'en finit pas de dérouler des mesures exceptionnelles. Fervent adepte des mesures fortes, ce coup manqué s'apparente à une manne tombée du ciel pour le président turc qui a dans son viseur, la tête de ses opposants.

Le coup d'Etat qui a failli emporter le régime Erdogan est, aux yeux de certains observateurs, le signe de la fragilité d'un système pourtant bâti sur la peur depuis bientôt quinze ans. On pouvait à peine imaginer un tel scénario dans un pays tenu de main de fer par un chef d'Etat très sûr de son égo qui semble constamment ignorer le reste du monde. Mais le président turc ne devrait pas trop cracher sur la situation qui prévaut actuellement dans son pays. Non pas parce que la tentative de déboulonner son système a échoué, mais parce qu'elle lui offre plutôt une occasion inespérée de régler ses vieux comptes.

 

Un peu comme l'attentat du 11 septembre a permis à l'intrépide ex président américain Georges W. Bush de s'offrir la tête de Sadam Hussein et de tous les leaders arabes définis dans son "axe du mal", le président turc ne bouderait sans doute pas son plaisir à tirer des dividendes politiques de cette situation qui lui ouvre un champ d'actions musclées plus vaste. Dans sa ligne de mire, l'opposant Fethullah Gülen, instigateur tout désigné du crime de lèse majesté contre l'homme fort d'Ankara. Déjà, l'on dénombre plus de 60.000 arrestations et suspensions, plus de 2000 institutions suspendues, 42 mandats d'arrêt contre des journalistes pour leurs liens supposés avec le parti de son ennemi, etc. Sans oublier l'Etat d'urgence instauré et une batterie de mesures d'exception dignes des régimes totalitaires.

En dépit des appels à la retenue des chancelleries occidentales et des organisations de Droit de l'homme inquiètes de la tournure que prennent les événements, Recep Tayyip Erdogan déroule sa mesure de liquidation programmée de ses adversaires politiques, réels ou supposés. "Ce que dit l'Europe ne m'intéresse pas. Je ne les écoute pas", répond-il à l'indignation de leaders européens  qui semblent s'offusquer de cette vaste purge. Face à la grande mobilisation de l'opposition ce dimanche pour dénoncer les dérives autoritaires du régime, le président turc, fidèle à sa ligne de conduite, a fait descendre ses partisans dans la rue, pour une contre-manifestation qui a failli dégénérer.

À l'analyse, le président turc, connu pour son intransigeance, va abondamment se servir de ce putsch manqué pour réduire au silence, toutes les forces politiques qui s'opposent à son régime. Jusqu'où ira-t-il dans cette escalade? Seul l'avenir nous le dira.

Bruno O. OTEGBEYE

 

 

 

 

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