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Mar, mai

Réchauffement de l'axe Ankara-Moscou: Erdogan défie l'Occident

Europe
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'offre une bouffée d'air à l'international. Très critiqué par l'Occident pour sa gestion du coup d'Etat manqué du 15 juillet dernier, l'homme fort d'Ankara s'est tourné vers Moscou, pour sa première sortie d'après-putsch. Objectif: réchauffer les relations récemment mises à mal par un incident aérien lié au conflit syrien. Mais en toile de fond, Erdogan caresse le malin rêve d'embarrasser ses alliés occidentaux, dont les dernières prises de position au sujet du putsch manqué, ont semble-t-il signé le divorce avec lui.

 

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan côte à côte, échangeant poignées de mains et accolades, à la faveur de la visite à St Petersbourg ce 9 août du président turc. L'image paraît surréaliste, tant les deux hommes se sont illustrés il y a peu, par une série d'escalades dont ils sont pressés d'effacer les traces. A l'origine de cette brouille, la destruction d'un bombardier russe, Sukoï, par l'aviation syrienne, au plus fort de leur opposition géostratégique, au sujet du conflit syrien. La réaction de Vladimir Poutine ne s'était pas fait attendre. Une batterie de mesures économiques qui ont commencé par rogner sérieusement le Produit intérieur brut (Pib) de la Turquie, sans toutefois épargner l'économie russe. Le régime Erdogan avait évalué à environ 9 milliards de dollars, les pertes annuelles causées par ces mesures de rétorsion économique décrétées par Moscou. Face aux enjeux de l'heure, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, dans une nouvelle alliance sellée, ont désormais un ennemi commun.

Un pied de nez à l'Occident!

Recep Tayyip Erdogan pouvait bomber le torse face au pouvoir russe, pendant qu'il pouvait compter sur le soutien occidental. Hélas, l'homme fort d'Ankara ne tardera pas déchanter. Et pour cause. La crise de confiance d'abord au sujet de la gestion de la crise syrienne, a petit à petit rogné la confiance entre alliés, avant que les atermoiements de l'Union européenne quant à l'intégration de la Turquie ne parachèvent le divorce. Voyant venir sans doute l'exacerbation des tensions avec l'occident, le président turc s'était empressé d'envoyer, le 27 juin dernier, une note d'excuses au Kremlin, dans la perspective d'une décrispation de l'atmosphère tendue entre les deux pays. De bonne augure pour Vladimir Poutine dont l'économie pâtit sérieusement de l'embargo européen, mais aussi de ses propres mesures de rétorsion contre la Turquie, et qui plus-est, a besoin d'un allié de taille dans la région.

A travers la nouvelle alliance sellée avec Moscou, Erdogan semble bien se jouer des nerfs de ses anciens alliés, accusés de l'avoir lâché dans l'épreuve de ce putsch manqué. En se jetant dans les bras de Vladimir Poutine, l'éternelle bête noire de l'Occident, Recep Tayyip Erdogan fait ainsi d'une pierre deux coups. Mais avant, il n'a pas manqué d'embarrasser ses anciens alliés avec entre autres la convocation du chargé de mission allemand, la délivrance d'un mandat d'arrêt international contre son opposant Fethulah Gülen, instigateur désigné du putsch exilé aux États-Unis, proférant au passage la menace d'une grave détérioration des relations bilatérales turco-américaines, si ce mandat n'était pas exécuté.

Bruno O. OTEGBEYE

 

 

 

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