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Mar, mai

Brésil : L’étau se resserre autour de Dilma Rousseff

Amériques
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 Le grand parti centriste brésilien PMDB a claqué la porte de la coalition de Dilma Rousseff. Les chances de la présidente de se maintenir au pouvoir s’amenuisent car la menace de destitution est plus forte que jamais.

Dilma Rousseff, présidente du Brésil, a perdu son allié principal du centre ce 29 mars 2016. Le grand parti centriste brésilien PMDB du vice-président Michel Temer a claqué la porte de la majorité présidentielle. Le hic est que cela est arrivé dans un contexte de crise politique marquée par le vote programmé des députés sur la destitution de Dilma Roussef. Michel Temer a démissionné de la coalition gouvernementale et a appelé les ministres de son parti à faire de même. Cet abandon est un nouveau coup dur pour Dilma Rousseff, 68 ans, qui se débat de plus en plus seule.

Le long calvaire de Rousseff

Dilma Rousseff, réélue en octobre 2014, pour un second mandat, s’apprêtait à faire asseoir son pouvoir lorsque plusieurs événements aussi bien économiques que politiques lui ont entravé  la gouvernance. Il y a d’abord la stagnation de la croissance puis sa récession, la baisse de l’investissement, de la consommation et du commerce extérieur. Elle s’engage dans une politique d’austérité afin de palier la morosité économique. Mais c’est sans compter avec un autre monstre, cette fois-ci, politique, qui se dresse sur son chemin. Le scandale de corruption Petrobras, impliquant sa formation politique, le Parti des travailleurs, porte un coup dur à la popularité de la présidente. En août 2015, entre 400 000 et 600 000 manifestants se rendent dans les rues pour demander sa destitution et sa cote de popularité tombe à 8 %. En octobre 2015, l'hypothèse de sa destitution est renforcée par les préconisations du Tribunal des comptes de l'Union. La cour demande aux députés brésiliens de rejeter les comptes publics de l'État de 2014. Motif, ces comptes auraient été sciemment entachés d'irrégularités. Une enquête judiciaire a été lancée sur la campagne de Dilma Rousseff de 2014. Plusieurs de ses soutiens politiques et collaborateurs sont mis aux arrêts. Il s’ensuit une procédure de destitution à son encontre déclenchée le 02 décembre 2015. Le 23 février 2016, João Santana, son ancien directeur de campagne, est arrêté et  incarcéré. Le 13 mars 2016, plus de trois millions et demi de Brésiliens manifestent pour réclamer son départ de la présidence. Comme bouée de sauvetage, Mme Rousseff nomme Lula da Silva, son prédécesseur accusé de corruption et de blanchiment d'argent, ministre d'État et chef de cabinet du président de la République, la fonction la plus élevée du gouvernement, ce qui l'empêcherait d'être mis en détention. Ayant découvert le plan de la présidente tendant à faire éviter la prison à Lula, la justice suspend la nomination. Dans ces conditions, la présidente Rousseff dont la popularité stagne à un seuil historiquement bas de 10 %, est totalement affaiblie. Quelques 68 % des Brésiliens veulent son départ, selon un récent sondage. C’est dans ce contexte que le parti du vice-président claque la porte de la coalition gouvernementale. A quelques deux semaines du vote sur sa destitution  par le parlement, l’on se demande quelle est la probable porte de sortie à Dilma Rousseff. 

Les chances de Rousseff

La présidente brésilienne joue son avenir politique en ce moment. Une destitution lui vaudra une comparution immédiate suivie d’une peine d’emprisonnement si sa culpabilité est établie dans les nombreuses affaires dans lesquelles son nom est cité. L’alternative qui s’offre est de jeter ses dernières armes dans la bataille en vue de se soustraire à l’étreinte judiciaire. Mais pour y parvenir, il lui faudra empêcher les anti-Rousseff de réunir les deux tiers au moins des députés (342 sur 513) pour que soit prononcée la mise en accusation de la présidente devant le Sénat. Et pour atteindre un tel objectif,  le camp présidentiel cherche à stopper l'hémorragie en tentant de convaincre les parlementaires, député par député, de ne pas voter la destitution. Il propose en contrepartie des portefeuilles ministériels et les quelques 600 postes divers que laissera vacants le PMDB au sein de la machine gouvernementale. La question est de savoir si cette stratégie réussira à bloquer la mise en accusation de Rousseff devant le Sénat.

 

Christophe SESSOU

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