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Mar, octobre

USA/ Campagne présidentielle : Les maladresses de Donald Trump fissurent son bloc politique

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Le parti républicain serait-il dans une mauvaise passe? Rien n'est moins sûr. Coutumier des frasques et autres répliques de mauvais goût, Donald Trump, candidat du parti, commence par irriter nombre de leaders républicains et autres soutiens qui manifestent déjà publiquement leur indignation en donnant de la voix. Sa récente bourde contre la famille d'un capitaine américain mort au combat semble être la goutte d'eau de trop.

La campagne américaine commence par s'animer. Et dans cette course épique, Donald Trump a sa marque de fabrique et ne se prive d'ailleurs d'en abuser: le discours politiquement incorrect. Si ce style décalé sur fond de discours anti système, incendiaire, et délibérément provocateur lui avait permis de ravir la vedette à ses challengers républicains lors des primaires, cette seconde phase de la course à la Maison Blanche le met en face d'une candidate démocrate plutôt aguerrie. C'est donc une autre paire de manches. Rien n'indique que ces vielles recettes feront l'affaire. Au contraire. Le parti républicain, réveillé comme par enchantement d'un long cauchemar, commence par se montrer intransigeant, voyant son image de plus en plus écornée par un candidat incapable de tenir sa langue. Plutôt à l'aise dans cet exercice, Donald Trump élude les sujets sérieux, incapable de proposer un projet et un discours cohérent et fédérateur, face à la candidate démocrate, Hillary Clinton.

La bourde de trop!

Ce début de semaine, le candidat républicain a déjà fait parler de lui à plusieurs reprises. D'abord, en s'en prenant malencontreusement à la famille d'un capitaine américain d'origine pakistanaise, tombé au champ d'honneur en 2004 lors de la guerre d'Irak, alors qu'il tentait de sauver sa troupe. Invité à la convention démocrate, le père du soldat s'était offusqué des nombreuses attaques du candidat républicain contre les musulmans et son projet de fermeture des frontières américaines à ces derniers. Il n'en fallait pas plus pour sonner l'intraitable candidat républicain. "M. Khan, qui ne me connaît pas, m'a attaqué de façon vicieuse depuis l'estrade du parti démocrate et il continue maintenant à le faire partout à la Tv. Sympa!", avait-il répliqué, avant d'envoyer une pique sévère à la mère de l'officier, stigmatisant son complexe de femme musulmane. Une gaffe de trop, dans un pays qui vénère son armée. Mais aussi pour un parti dont l'establishment cache de plus en plus mal son agacement face à la posture peu élégante de son candidat. Et depuis, la polémique enfle et envahit toutes les sphères de la société américaine.

"Il est temps pour Donald Trump de donner le bon exemple à notre pays et au parti républicain", s'est indigné John Mac Cain, ex candidat républicain. En tant qu'ancien combattant, il dit avoir l'obligation morale de s'exprimer pour expliquer à Trump "que l'investiture américaine ne lui donne pas l'autorisation de diffamer ceux qui rendent ce pays meilleur". Sa fille, qui dénonce des propos "impardonnables", promet d'ailleurs d'accorder son suffrage à Hillary Clinton le 8 novembre prochain. "Quand on touche à un sujet sacro-saint, il n'y a aucun talent rhétorique pour réparer les dégâts", s'est également offusqué un militant républicain, réputé très proche du candidat. Même l'ex président Georges W. Bush est sorti de sa réserve pour apporter son soutien à la famille Khan. Pour l'association des anciens combattants américains à l'étranger, se moquer de la mère d'un soldat mort au combat "dépasse les limites". Les familles de 17 soldats tombés au champ d'honneur ont également joint leurs voix à la levée de bouclier, fustigeant des "propos répugnants et personnellement insultants". Même le président Barrack Obama, lors d'une grande réunion avec les blessés de guerre, s'est dit "fatigué par ces gens qui insultent l'armée américaine et ses soldats"

Malgré cette vague d'indignations, la machine à frasques de Donald Trump tourne à plein régime. Il en a rajouté une couche à la polémique WikiLeaks qui fait rage, depuis le récent piratage des comptes des hauts responsables démocrates. Le candidat républicain a simplement félicité les présumés hackers russes, soupçonnés par les dirigeants démocrates, d'être à l'origine de ce scandale qui a secoué l'unité de leur parti en début de semaine écoulée, à l'occasion de la convention pour l'investiture d'Hillary Clinton.

Intrigués par cette avalanche de maladresses, plusieurs soutiens financiers du candidat commencent par faire machine arrière, face à un candidat qui n'a aucune culture du politiquement correct. C'est le cas des frères Charles et David Koch, deux lobbies financiers de taille, qui avaient promis apporter plus de la moitié du trésor de guerre pour la présidentielle républicaine. Ils ont pris leurs distances, ce lundi, avec le candidat.

Ce vent de méfiance vis-a-vis de Donald Trump ne présage pas d'une ambiance de campagne saine au sein du camp républicain. Le parti risque de passer par toutes les émotions durant cette étape décisive du processus électoral américain. Donald Trump réussira-t-il à tenir sa langue?

Bruno O. OTEGBEYE 

 

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